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L'opposition syrienne accuse Moscou d'encourager le régime à la répression

30/05/2012 12:54 EDT | Actualisé 30/07/2012 05:12 EDT

L'opposition syrienne a accusé mercredi la Russie d'encourager le régime de Bachar al-Assad à commettre des "crimes sauvages" à la suite des critiques de Moscou contre les sanctions diplomatiques prises en Occident pour protester contre l'escalade de la violence en Syrie.

Sur le terrain, la répression et les combats entre armée et rebelles continuent, faisant 39 morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), au lendemain d'une journée particulièrement sanglante, avec 98 personnes tuées, dont 13 exécutées sommairement.

A l'ouverture d'une réunion à huis clos du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Syrie, l'ambassadeur allemand Peter Wittig a souhaité que le massacre de Houla "ouvre les yeux" d'alliés, comme la Russie et la Chine, du régime Assad qui réprime une révolte populaire depuis mars 2011.

En représailles au carnage de Houla (centre), où 108 personnes dont une cinquantaine d'enfants ont été tuées vendredi et samedi, le Japon et la Turquie ont emboîté le pas à de nombreux pays occidentaux en annonçant l'expulsion des diplomates syriens de leurs capitales.

Les autorités syriennes ont rétorqué en ordonnant le départ de la chargée d'affaires des Pays-Bas, l'une des dernières diplomates occidentales en poste à Damas.

La Russie a regretté la mesure "contreproductive" prise par les Occidentaux car, a-t-elle dit, "les canaux importants d'influence sur le gouvernement syrien (...) sont désormais fermés".

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a critiqué la stratégie de Moscou qui, selon lui, "encourage" le régime à "commettre des crimes sauvages" et réclamé une résolution de l'ONU autorisant le recours à la force.

"Une entente internationale pour un départ d'Assad est le seul moyen de sauver le plan Annan et de trouver une solution politique, faute de quoi la situation risque d'exploser et menacera toute la région", a estimé le CNS.

Moscou a été très critiquée ces derniers mois pour avoir fait obstruction au Conseil de sécurité à des résolutions condamnant Damas.

Le président français François Hollande, qui reçoit vendredi son homologue russe Vladimir Poutine, a fait part de son ambition d'infléchir la position russe.

Au lendemain de sa visite en Syrie, le médiateur international Kofi Annan, à l'origine d'un plan de paix globalement ignoré, a estimé qu'"une intensification des efforts internationaux est nécessaire pour (...) mettre fin aux violences".

Afin d'augmenter "la pression économique sur le régime" syrien, les Etats-Unis ont annoncé agir de commun avec le Qatar pour fermer le système financier de leurs deux pays à une banque syrienne, la Syria International Islamic Bank, dans l'espoir de couper "une voie d'évasion financière de premier ordre".

Plusieurs pays, dont la France, ont relancé le débat sur une intervention militaire, tout en la conditionnant à un feu vert de l'ONU --une condition rédhibitoire car Pékin et Moscou, qui disposent d'un droit de veto, ont réitéré leur opposition à une telle opération.

Le Luxembourg a souligné que "la probabilité que les cinq puissances disposant d'un droit de veto s'entendent sur une intervention militaire est égale à zéro". Et l'Allemagne a dit ne voir aucune raison de "spéculer sur des options militaires".

Lors de sa réunion mercredi, le Conseil de sécurité devait évoquer une éventuelle augmentation du nombre des observateurs de l'ONU sur place (près de 300 actuellement) pour tenter de mettre en oeuvre un cessez-le-feu entré en vigueur le 12 avril dans le cadre du plan Annan mais quotidiennement violé.

Le chef des observateurs, le général Robert Mood, s'est dit surtout "profondément perturbé" par la découverte de 13 corps mardi soir à Deir Ezzor (est).

"Tous les corps avaient les mains liées derrière le dos et certains semblent avoir été tués d'une balle dans la tête à bout portant", écrit-il dans un communiqué, parlant d'un acte "épouvantable".

Dans la même province, un oléoduc a été saboté par "un groupe terroriste" provoquant l'arrêt du pompage du pétrole, selon l'agence officielle Sana.

M. Annan a appelé mardi à Damas M. Assad "à prendre des mesures courageuses maintenant", soulignant que la Syrie était à un "moment charnière" après le massacre de Houla.

Un haut responsable de l'ONU a affirmé avoir de "forts soupçons" sur l'implication des miliciens pro-régime dans cette tuerie.

Le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU tiendra une session spéciale vendredi sur la situation en Syrie, où les violences ont fait plus de 13.000 morts en plus de 14 mois, en majorité des civils, selon l'OSDH.

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