Malgré tant et tant de reportages sur le conflit israélo-palestinien et sa complexité, Philippe Ducros réussit à nous toucher autrement et sûrement, loin des savantes analyses politiques, par son théâtre profondément humain et engagé.

Magnifique introduction... c'est par une exposition de ses propres photographies et extraits de carnets de voyage qu'il nous invite à pénétrer en territoire occupé. C'est bien d'occupation qu'il s'agit ici: de là découle le conflit, précise l'auteur et metteur en scène.

En attendant le spectacle, comme dans un «checkpoint», les spectateurs regardent ces images tragiques. Puis elles disparaissent: des pneus les remplacent, accrochés sur l'imposant mur de la Séparation tandis que les personnages entrent en scène pour animer le drame que représentent les photos.

Des mégaphones leur tiennent lieu de fusils, des pommes de pierres, une pastèque de bombe, un tube de couleur de couteau. Ce qui n'est pas symbolisé par contre, mais fortement ressenti, sinon par des cages d'oiseaux, c'est le sentiment d'enfermement, d'oppression, de harcèlement, d'humiliation, de violation quotidienne de l'intimité des Palestiniens.

Ce qui est montré, c'est la violence qui engendre la violence, non seulement entre camps ennemis, mais au sein même de chaque groupe. La colère. La soif. Le désespoir. Le désir de partir versus la résistance. La culture et la religion pour survivre. Et l'impuissance, dit Ducros, à donner aux jeunes quelque chose à perdre pour qu'ils arrêtent de se ceindre d'explosifs. Il faudrait que leur sang arrête couler, et que l'encre arrête d'imprimer les affiches de martyrs qui tapissent les murs de la ville.

L'affiche: Salle Multi de Méduse au Carrefour international de théâtre de Québec, mercredi 30 mai 20h, jeudi 31 mai 21h.