NOUVELLES

Aung San Suu Kyi rend visite à des réfugiés birmans en Thaïlande

30/05/2012 05:32 EDT | Actualisé 30/07/2012 05:12 EDT

BANGKOK - L'opposante birmane Aung San Suu Kyi a offert ses encouragements, mercredi, aux Birmans qui ont trouvé refuge en Thaïlande, où elle effectue son premier voyage à l'étranger en 24 ans.

«Ne vous sentez pas abattus ou faibles. L'histoire est toujours en mouvement», a dit Aung San Suu Kyi à une foule bruyante de plusieurs milliers de personnes réunie à Mahachai, au sud-est de Bangkok, une ville qui abrite le plus important regroupement de migrants birmans en Thaïlande.

Plusieurs participants au rassemblement portaient des pancartes affirmant «Nous voulons rentrer à la maison». Mme Suu Kyi a indiqué que sa visite visait à trouver des façons de les aider.

«Aujourd'hui, je vous fais une promesse: je ferai de mon mieux pour vous», a dit la célèbre opposante, lauréate du prix Nobel de la paix en 1991. Des milliers de Birmans l'ont encerclée en chantant «Longue vie à mère Suu!».

«Je ne l'avais vue qu'à la télévision et dans les journaux», a expliqué Saw Hla Tun, qui a quitté l'État Karen de Birmanie il y a sept ans pour aller travailler en Thaïlande. «Je n'ai pas pu retenir mes larmes quand je l'ai vue.»

Après s'être adressée à la foule, Aung San Suu Kyi a rencontré des travailleurs birmans établis en Thaïlande. Ils lui ont dit qu'ils étaient maltraités par leurs employeurs, mais qu'ils ne connaissaient pas leurs droits et qu'ils n'avaient aucun moyen juridique de régler leurs problèmes.

Aung San Suu Kyi est arrivée en Thaïlande mardi soir, un voyage qui montre à quel point les choses ont changé en peu de temps en Birmanie. L'opposante a passé 15 des 24 dernières années en résidence surveillée. Pendant les périodes où elle était libre, elle n'a pas quitté son pays parce qu'elle craignait de ne plus être autorisée à y revenir.

L'opposante, qui est désormais une députée du Parlement birman, doit participer plus tard cette semaine à un forum économique de l'Asie de l'Est, où elle prononcera une allocution. Elle reviendra ensuite brièvement dans son pays avant de repartir en Europe à la mi-juin.

Relancer l'économie est l'un des plus grands défis auquel fait face la Birmanie, qui commence à s'ouvrir au reste du monde après 49 ans de régime militaire qui a pris fin l'an dernier.

La Thaïlande abrite environ 2,5 millions de Birmans pauvres qui y travaillent dans des emplois peu spécialisés, notamment comme domestiques, ou dans des industries manuelles comme la pêche et les manufactures de vêtements.

Andy Hall, expert des migrants et chercheur à l'Institut de la population et de la recherche sociale à l'université Mahidol de Bangkok, affirme que les migrants birmans constituent entre 5 et 10 pour cent de la main d'oeuvre en Thaïlande, ce qui représente jusqu'à 7 pour cent du PIB du pays.

De nombreux migrants birmans sont exploités et gagnent des salaires de misère. Certains ont été «vendus», tandis que d'autres se sont fait confisquer leur passeport par leur employeur.

Néanmoins, les Birmans qui travaillent en Thaïlande «représentent l'âme d'une bonne partie de l'économie birmane en envoyant au pays de l'argent pour soutenir leurs proches», souligne M. Hall.

Mais «ils n'ont aucune voix, ils ne peuvent pas parler ou s'opposer», rappelle l'expert. «Alors pour eux, la visite d'Aung San Suu Kyi est comme un rêve qui devient réalité. C'est quelqu'un qui sera peut-être enfin en mesure d'attirer l'attention sur leurs souffrances.»

PLUS:pc