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Accusé de corruption, l'ex-PM roumain Nastase affronte la Cour suprême

30/05/2012 10:06 EDT | Actualisé 30/07/2012 05:12 EDT

Il ironise, s'indigne puis feint l'humilité: condamné en première instance à deux ans de prison ferme pour corruption, l'ex-Premier ministre roumain Adrian Nastase s'est défendu mercredi en appel devant la Cour suprême, lors d'un procès emblématique suivi de près par l'UE.

"Les accusations formulées à mon encontre sont entièrement politiques", lance d'emblée M. Nastase, 61 ans, assisté par quatre de ses cinq avocats.

Le Parquet national anticorruption (DNA), loué par la Commission européenne pour avoir lancé des poursuites contre de hauts responsables dans un pays où ils ont longtemps bénéficié d'immunité, rejette ces allégations.

Premier ministre social-démocrate entre 2000 et 2004, M. Nastase avait été condamné en janvier pour avoir détourné en 2004 vers sa campagne électorale environ 1,5 million d'euros recueillis auprès de sociétés privées et publiques invitées à participer à une manifestation baptisée "Trophée de la qualité dans le bâtiment".

Selon le réquisitoire, les fonds rassemblés en guise de taxe de participation sont allés sur les comptes de cinq sociétés privées, avant d'être dirigés vers une imprimerie chargée de réaliser des affiches et du matériel de campagne de M. Nastase en vue de l'élection présidentielle.

"Cela fait huit ans que je suis harcelé par le DNA", affirme M. Nastase, assurant n'être "absolument" pas coupable.

Dans sa déposition d'une heure, il ne mâche pas ses mots contre les procureurs et les juges de première instance, dont les conclusions ne reflètent ni les faits ni les témoignages, selon lui.

"Gênant", "ridicule", "absurde", "aberrant", les épithètes se succèdent pour dénoncer les actions des procureurs, dont la décision d'entendre 970 témoins à charge, "soit trois fois plus qu'au procès de Nuremberg".

Juriste de formation qualifié d'autoritaire aussi bien par ses camarades que par ses adversaires, il dissimule à peine sa surprise lorsque l'une des cinq juges de la cour interrompt à plusieurs reprises son plaidoyer, car "trop répétitif".

Alors que la prescription des faits pourrait intervenir dès juin, les juges semblent déterminés à imprimer un rythme plus rapide dans une affaire qui est devant les tribunaux depuis trois ans.

"Pour moi, ce n'est pas une perte de temps que d'insister sur certains points", réplique M. Nastase sur un ton laissant apparaître son émotion. Avant de repartir à la charge: "Je suis révolté qu'au lieu de pouvoir participer à la campagne électorale (en vue des municipales du 10 juin, ndlr) je doive entrer dans ce jeu politique."

Il ironise sur le dossier: "des affiches et des bonnets électoraux sont devenus la mesure de la corruption en Roumanie".

M. Nastase doit répondre en appel d' accusations de corruption et de chantage dans deux autres procès.

Le premier, qui sera jugé à partir du 11 juin, vise son acquittement en décembre dans un dossier lié à un héritage controversé d'environ 300.000 euros légué par une tante à l'épouse de M. Nastase.

Le deuxième porte sur l'accusation d'avoir reçu des pots-de-vin d'un montant total de 630.000 euros, sous la forme de biens importés de Chine et de travaux non remboursés, de la part d'une ex-responsable gouvernementale, condamnée également pour l'organisation du "Trophée de la qualité".

Dans cette affaire, M. Nastase a été acquitté en mars de corruption mais condamné à trois ans de prison avec sursis pour chantage.

La Roumanie fait l'objet depuis 2007 d'une surveillance inédite de Bruxelles pour réformer son système judiciaire et accélérer les procès pour corruption de haut niveau.

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