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Nigeria: une première année difficile pour le président Jonathan

29/05/2012 02:08 EDT | Actualisé 28/07/2012 05:12 EDT

Le président nigérian Goodluck Jonathan, investi il y a exactement un an mardi, fait face à des défis énormes en matière de sécurité, d'économie et de corruption après une année ensanglantée par des islamistes.

Les attentats du groupe Boko Haram, basé dans le nord, ont fait des centaines de morts et leur menace a en partie éclipsé des dossiers pressants dans le pays le plus peuplé et premier producteur de pétrole d'Afrique.

M. Jonathan, 54 ans, dirige en réalité le Nigeria depuis plus de deux ans. Alors vice-président, il avait pris en 2010 les rênes du pouvoir après le décès en cours de mandat du dirigeant Umaru Yar'Adua, puis avait été élu en avril 2011.

Un an plus tard, beaucoup s'interrogent sur sa capacité et sa volonté réelle de faire face aux défis, même si peu doutent de ses bonnes intentions.

"Il y a une absence totale de volonté politique pour faire face aux problèmes que connaît le pays", juge Femi Falana, avocat et activiste influent. "Il n'y a rien à célébrer" pour ce premier anniversaire constate-t-il, affirmant que la corruption a atteint "un niveau sans précédent".

Ce fléau dévore les ressources du pays richissime en hydrocarbures et la majorité des Nigérians vit avec moins de deux dollars par jour.

Pour l'économiste Opeyemi Agbaje, l'année écoulée a révélé "les limites" du président mais force est d'admettre "que tout n'a pas été de sa faute".

La violence qui a secoué en particulier le Nord trouve ses racines dans des facteurs multiples comme la religion, les rivalités politiques et les inégalités socio-économiques. Le Nord, majoritairement musulman, est moins développé que le Sud à dominante chrétienne et beaucoup, dans le Nord, s'étaient opposés à la candidature de M. Jonathan, chrétien du Sud.

La réponse du chef de l'Etat face à la radicalisation des islamistes qui ont multiplié les attentats meurtriers a été insatisfaisante pour beaucoup.

Le chef de l'Etat a semblé au départ "impuissant", "faible", selon M. Agbaje. Mais "la réponse est maintenant plus forte", estime-t-il, soulignant des progrès faits par les services de renseignement qui ont notamment arrêté des extrémistes.

Mardi, dans un discours diffusé par la télévision nationale à l'occasion du Jour de la Démocratie -- jour de l'investiture des présidents, férié -- Jonathan s'est efforcé de convaincre qu'il s'attaquait à la violence.

"Je souhaite donner à chaque Nigérian l'assurance que nous ferons face à cette menace sur notre paix et notre sécurité collectives, et traduirons leurs auteurs en justice", a-t-il déclaré. "Nous ferons face aux quelques personnes fourvoyées qui croient à tort que, par la violence, elles peuvent imposer leur programme de haine et de division à cette nation de gens paisibles".

Le président a également promis de réduire la corruption, d'améliorer les infrastructures et d'envoyer en juin au Parlement le projet de loi de restructuration de l'industrie pétrolière, attendu depuis des années.

Une crise sociale a marqué l'année, en janvier, à la suite de la suppression de la subvention des prix du carburant.

Les prix à la pompe ont plus que doublé du jour au lendemain et par dizaines de milliers, les Nigérians sont descendus dans la rue.

Après une semaine de grève générale, Jonathan a dû accepter le compromis en maintenant les subventions mais à un niveau moins élevé.

"Clairement, pour que le gouvernement acquière la crédibilité qu'il lui faut pour supprimer les subventions, il faut qu'il y ait le sentiment qu'il a réglé la corruption dans ce secteur", estime M. Agbaje.

Une enquête parlementaire a conclu que 6,8 milliards de dollars avaient été détournés dans le cadre du programme de subvention entre 2009 et 2011.

Si certains doutent du président Jonathan, beaucoup sont encore portés par l'enthousiame qu'avait suscité l'élection de ce fils de fabricant de canoës et jugent qu'il faut lui laisser du temps.

"Le Nigeria a tant de problèmes, vous ne pouvez pas les résoudre en 24 heures", dit Alagbi Oluache, un géologue de 35 ans.

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