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Les musiciens finissent-ils par se lasser de leurs plus grands succès?

29/05/2012 01:53 EDT | Actualisé 29/07/2012 05:12 EDT

TORONTO - Le groupe indie-pop new-yorkais Fun. a enflammé la planète avec sa populaire chanson «We Are Young». Mais quelques mois après avoir atteint le sommet des palmarès, personne ne pourrait blâmer le trio d'en avoir assez de jouer sa propre chanson.

Après tout, même ceux qui ont joyeusement entonné le refrain contagieux de la pièce à sa sortie ont peut-être déjà commencé à changer de station de radio dès ses premières notes.

Mais les membres de Fun. affirment avoir toujours autant de plaisir à monter sur scène pour jouer leur grand succès.

«Ce serait idiot de notre part d'en avoir assez», a souligné le chanteur Nate Ruess lors d'une récente entrevue à Toronto.

«Observer la réaction des gens (lorsque nous la jouons) fait en sorte qu'il serait difficile de s'en lasser», a ajouté le guitariste Jack Antonoff.

Tous les artistes ne sont toutefois pas du même avis, même si peu d'entre eux osent l'avouer publiquement. Pour certains, interpréter le même succès soir après soir peut finir par devenir une corvée. Et les raisons de ce sentiment sont nombreuses.

Parfois, la chanson a été écrite il y a plusieurs années et ne plaît tout simplement plus au groupe.

Le site web setlist.fm, par exemple, note que R.E.M. a chanté 510 fois «The One I Love» entre 1986 et 2008, mais n'a interprété qu'une seule fois «Shiny Happy People», un succès public moins apprécié de la presse spécialisée et critiquée par Michael Stipe lui-même.

Parfois, un artiste peut aimer une chanson mais être tout simplement las de la jouer. La pièce «1234» est sans doute la plus connue de la Torontoise Leslie Feist, mais on peut compter sur les doigts d'une seule main le nombre de fois où elle l'a chantée au cours de sa dernière tournée.

C'est encore plus difficile lorsqu'une chanson demeure populaire pendant plus d'une décennie. «J'ai chanté "Zombie" si souvent que je me sens moi-même comme un zombie, a lancé à la blague Dolores O'Riordan, des Cranberries. Nous faisons nos vieux succès depuis si longtemps qu'on a l'impression d'être pris dans un engrenage. Avec du nouveau matériel, on a l'impression de reprendre vie.»

Le problème, c'est que plusieurs membres du public en concert ont envie d'entendre les succès. Parfois, ces chansons sont les seules connues par le détenteur de billet, qui a choisi d'assister au spectacle parce qu'il aimait ce qu'il entendait à la radio. Par conséquent, certains artistes en viennent à détester les chansons grâce auxquelles ils ont bâti leur carrière.

«Il y a des attentes voulant que (vos succès) feront partie de votre spectacle et que les gens achètent des billets pour les entendre, a expliqué Bruce Cockburn au cours d'un récent entretien téléphonique. Et si vous ne les incluez pas, il y a de l'insatisfaction, donc vous ressentez la pression de les jouer. C'est ce qui entraîne le dégoût (envers les succès).»

Des musiciens choisissent simplement de ne plus interpréter sur scène les succès qu'ils ont déjà joués trop souvent, ce qui n'a cependant pas l'heur de plaire à certains de leurs fans.

«Je crois que c'est égoïste de ne pas jouer les chansons sur lesquelles vous avez bâti votre carrière, a indiqué l'auteure-compositrice-interprète canadienne Jann Arden. Si c'est ce que ces nouveaux artistes veulent faire, qu'ils se tirent eux-mêmes dans le pied. Je crois que c'est de l'inexpérience, que c'est égoïste, narcissique et stupide.»

«Je suis toujours agacé lorsque je vois un artiste qui semble se croire meilleur que son ancien matériel», a ajouté l'ancien chanteur des Barenaked Ladies Steven Page. Nous n'avons jamais eu honte de notre matériel.»

Mais s'il existe un groupe qui serait justifié de vouloir bannir une de ses propres chansons, c'est sans doute l'ancien groupe d'ados Hanson. «MMMBop» a atteint les sommets des palmarès dans 12 pays en 1997. Et pourtant, le trio continue de chanter la pièce presque chaque fois qu'il monte sur scène, en partie parce qu'il souhaite plaire à ses fans, mais aussi parce qu'il est fier que la chanson écrite il y a 15 ans connaisse toujours du succès.

«(Ne pas la jouer) serait comme un coureur qui ne veut pas porter sa médaille d'or, a expliqué le chanteur Taylor Hanson. Nous portons fièrement nos médailles d'or parce que nous ne les voyons pas comme des reliques du passé.»

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