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L'avenir de l'action de l'ONU en Syrie en question après le carnage à Houla

29/05/2012 08:46 EDT | Actualisé 29/07/2012 05:12 EDT

Le massacre de Houla a mis à mal la crédibilité de la mission d'observation de l'ONU en Syrie et pourrait marquer un tournant vers un mode d'action international plus ferme face au régime, estiment des experts.

Le médiateur international "Kofi Annan a fait le pari que la présence d'observateurs serait un frein aux exactions. Ce pari semble perdu, même s'il est encore un peu tôt pour le dire", estime Alexandra Novosseloff, chercheur spécialiste des Nations Unies à l'université d'Assas-Paris 2.

Les 300 observateurs, désarmés, ont été déployés progressivement depuis plus d'un mois dans dix villes du pays pour superviser un cessez-le-feu entré en vigueur le 12 avril. Si les violences ont marqué le pas dans les premières semaines, le cycle infernal s'est à nouveau emballé.

Arrivés sur place plusieurs heures après le massacre à Houla, dans le centre de la Syrie, où les militants anti-régime avaient fait état dès vendredi après-midi d'un assaut de l'armée, les observateurs n'ont pu que décompter des victimes: 108 personnes dont une cinquantaine d'enfants.

Le monde entier a pu voir, via des vidéos fournies par les opposants, des observateurs accumulant notes et photos, constatant l'horreur, impuissants, parfois gênés devant le désespoir des habitants.

Le regain de violences peut favoriser l'émergence d'un consensus international pour mettre en place des actions plus fermes, selon des analystes.

Premier signe de durcissement de leur position face à Damas, plusieurs pays européens ont annoncé mardi l'expulsion des ambassadeurs syriens dans leur capitale.

Une décision saluée par l'opposition syrienne regroupée au sein du Conseil national syrien (CNS) qui a toutefois appelé la communauté internationale à "oeuvrer auprès du Conseil de sécurité de l'ONU pour l'adoption d'une résolution sous le chapitre VII qui ouvre la voie à l'usage de la force".

"La mission est née de l'incapacité de la communauté internationale à se mettre d'accord sur un mode d'action plus musclé", rappelle Peter Harling, analyste de l'International Crisis Group basé en Syrie.

"Le massacre de Houla peut changer la donne à cet égard de deux manières. Elle peut conduire certains pays à intensifier leur aide à l'opposition armée, voir à ressusciter l'option d'une intervention militaire. Ou elle peut en pousser d'autres, notamment la Russie et la Chine, à proposer une vraie solution politique, qui exigera toute leur force de conviction auprès du régime", ajoute-t-il.

Le chef de la mission, le Général Robert Mood, a reconnu lui-même dans un entretien au Monde lundi que l'avenir de la mission était incertain. Le rôle des observateurs est "d'offrir aux Syriens la possibilité d'opter pour la paix," dit il. "Si les violences se poursuivent au rythme actuel, il faudra trouver une autre porte de sortie".

Mais si elle ne parvient pas à se mettre d'accord sur un plan B, la communauté internationale devra se résoudre à prolonger la mission, selon certains experts.

"Des pays membres du Conseil de sécurité, comme les Etats-Unis, peuvent prendre acte de l'échec de la mission et mettre un veto à sa prolongation", explique Jocelyn Coulon, directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix.

"Mais à défaut d'alternative, il semble plus probable que M. Annan demande au Conseil une prolongation de la mission pendant trois mois, avec des moyens humains et techniques supplémentaires, surtout s'il peut faire valoir des progrès dans les négociations politiques", souligne M. Coulon. C'est l'option défendue par la Turquie.

"C'est 50-50, car le plan Annan est pour le moment la seule option diplomatique sur la table", estime Mme Novosseloff.

"Si les observateurs sont rapatriés à la fin de leur mission, sans plan B, les Syriens vont se sentir encore plus abandonnés", souligne-t-elle.

A défaut de pouvoir mettre en place la trêve voulue par Kofi Annan, les observateurs ont le pouvoir d'enquêter, autant que les autorités syriennes le leur permettent, pour aider la justice internationale à établir les responsabilités en cas de procès.

"Les témoignages de Casques bleus ou d'observateurs ont un poids particulier devant la Cour pénale internationale", souligne Jocelyn Coulon.

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