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La France va expulser l'ambassadrice de Syrie

29/05/2012 06:32 EDT | Actualisé 29/07/2012 05:12 EDT

PARIS - L'ambassadrice de Syrie en France, Lamia Chakkour, va être expulsée "aujourd'hui ou demain", a annoncé mardi le président François Hollande, après le massacre vendredi de 108 personnes à Houla, dans le centre-ouest de la Syrie. Des diplomates syriens vont également devoir quitter la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, les Etats-Unis, le Canada, l'Australie et les Pays-Bas.

Une réunion du groupe des Amis du peuple syrien devrait avoir lieu "au début du mois de juillet" à Paris, a précisé le chef de l'Etat lors d'une conférence de presse à l'Elysée.

Il a souligné qu'il s'en était entretenu au téléphone lundi avec le Premier ministre britannique David Cameron, et a ajouté que le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius avait également "eu une discussion" avec le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.

"Nous avons convenu d'un certain nombre (...) de pressions à exercer sur la Syrie", dont "l'expulsion de l'ambassadrice de Syrie en France", a expliqué François Hollande. "Aujourd'hui ou demain, ça lui sera notifié" mais Lamia Chakkour est "aussi ambassadrice auprès de l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture), ça aura donc des conséquences sur la rapidité d'exécution de cette décision", a-t-il ajouté pour expliquer cet éventuel délai.

Contactée par téléphone par l'Associated Press, l'ambassade de Syrie à Paris n'a pas retourné l'appel dans l'immédiat.

"C'est une décision, non pas unilatérale de la France mais une décision concertée avec nos partenaires", a souligné François Hollande. "Il devait y avoir une réaction" au massacre de Houla car le régime syrien "écras(e) son peuple", a-t-il insisté plus tard lors d'une visite à l'hôpital militaire de Percy à Clamart (Hauts-de-Seine). "Nous en avons eu, hélas, une des démonstrations les plus terribles avec des enfants qui ont perdu la vie dans des conditions atroces."

"Nous sommes en discussion également avec la Russie qui joue un rôle (...) Je souhaite que (...) des sanctions beaucoup plus fortes soient prononcées à l'égard du régime syrien et j'en discuterai avec Vladimir Poutine" vendredi à l'occasion d'un dîner de travail à l'Elysée, a précisé François Hollande.

"Nous verrons ce que peut faire Poutine pour faire pression lui-même sur le régime d'Assad, et aussi pour participer au vote au Conseil de sécurité, car aujourd'hui nous savons bien que c'est la Russie, la Chine, qui empêchent le vote de sanctions qui pourraient être plus décisives encore pour faire pression sur le régime syrien", a-t-il ajouté.

Membres permanents du Conseil de sécurité avec la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, la Russie et la Chine ont bloqué jusqu'ici tout projet de résolution des Nations unies condamnant explicitement le régime de Bachar al-Assad.

Des responsables britanniques ayant requis l'anonymat ont également annoncé mardi l'expulsion de trois diplomates syriens à la suite du massacre de Houla. Le chargé d'affaires Ghassan Dalla, le plus haut diplomate syrien à Londres, figure parmi les personnes visées -l'ambassadeur a quitté le pays en mars et la Grande-Bretagne comme les Etats-Unis ont fermé leurs ambassades en Syrie.

Le secrétaire du Foreign Office (Affaires étrangères), William Hague, devait annoncer ces expulsions dans la journée, dans le cadre d'une action coordonnée avec plusieurs autres pays, dont la France, l'Allemagne et l'Australie.

L'Allemagne a annoncé que l'ambassadeur syrien, Radwan Loufti, avait 72 heures pour quitter le pays. Le chef de la diplomatie, Guido Westerwelle, a affirmé que son pays et ses alliés espéraient "que ce message sans équivoque" aurait un impact à Damas. Le ministère italien des Affaires étrangères a annoncé que l'ambassadeur syrien Khaddour Hassan avait été convoqué au ministère et informé qu'il devait partir.

L'Espagne a également fait savoir qu'elle donnait à l'ambassadeur syrien Hussam Edin Aala et à quatre autres diplomates basés à Madrid trois jours pour quitter le pays. Au Canada, le chef de la diplomatie John Baird a annoncé dans un communiqué que les diplomates syriens et leurs familles avaient cinq jours pour quitter le pays. Un autre diplomate syrien qui était attendu se verra en outre refuser l'entrée sur le territoire canadien.

Le ministre australien des Affaires étrangères, Bob Carr, a pour sa part annoncé à Canberra l'expulsion de deux diplomates, dont le plus haut responsable syrien dans le pays, le chargé d'affaires Jawdat Ali. Ils disposeront de 72 heures pour quitter l'Australie. "C'est le moyen le plus efficace de faire part de notre révulsion concernant ce qui s'est passé en Syrie", a-t-il dit.

Le chargé d'affaires de l'ambassade syrienne à Washington a également trois jours pour quitter le territoire américain, selon le Département d'Etat, qui tient "le gouvernement syrien responsable du massacre de vies innocentes". La Syrie n'a pas d'ambassadeur aux Etats-Unis depuis le départ l'an dernier du diplomate pour un autre poste.

Le massacre de Houla "peut avoir comme conséquence que des pays jusque-là réticents évoluent", estime pour sa part Laurent Fabius, dans un entretien accordé au "Monde" daté de mercredi. Le ministre des Affaires étrangères qualifie le président syrien Bachar al-Assad d'"assassin de son peuple". "Il doit quitter le pouvoir. Le plus tôt sera le mieux", martèle-t-il.

"L'action de la France se déploie dans trois directions. D'abord, durcir les sanctions, si possible au niveau du Conseil de sécurité. Ensuite, travailler avec la Russie, qui joue un rôle déterminant. (...) Enfin, il faut favoriser le rassemblement de l'opposition", explique Laurent Fabius.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a condamné à l'unanimité dans la nuit de dimanche à lundi le massacre de villageois du secteur de Houla, qui a fait 108 morts, dont 49 enfants et 34 femmes, selon les observateurs de l'ONU sur place.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme a accusé les forces du régime de Bachar el-Assad d'avoir perpétré cette attaque, une des plus meurtrières depuis le début du mouvement de contestation initialement pacifique contre le régime à la mi-mars 2011. L'ONU estime que les violences ont fait plus de 9.000 morts.

Rupert Colville, porte-parole de la Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme, a déclaré mardi que, selon les éléments recueillis et recoupés par les observateurs de l'ONU en Syrie, les tirs d'artillerie avaient fait moins de 20 morts.

"La plupart des autres victimes ont été sommairement exécutées dans deux opérations distinctes (...) Pour l'heure, il semble que des familles entières ont été abattues chez elles", a-t-il dit, ajoutant que des témoins avaient accusé les chabiha, des milices pro-gouvernementales qui opèrent parfois "de concert" avec les forces du régime. AP

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