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France/procès des pirates somaliens: les souvenirs imprécis des ex-otages

29/05/2012 11:40 EDT | Actualisé 29/07/2012 05:12 EDT

Des membres d'équipage du voilier Le Ponant, pris en otage en 2008 par des pirates somaliens, ont revécu des moments traumatisants mardi devant la cour d'assises de Paris, l'un d'eux affirmant sans convaincre qu'il reconnaissait les six accusés alignés dans le box.

Rodolphe Mazer, 34 ans, s'est souvenu que le 4 avril 2008, les trente membres d'équipage du luxueux trois-mâts, qui naviguait sans passagers des Seychelles au Yemen, étaient réunis pour un barbecue sur le pont.

"Une des filles a dit: +regardez, il y a des dauphins!+", a raconté le directeur d'hôtellerie. "C'était pas des dauphins, c'était deux barcasses qui arrivaient" avec une douzaine de pirates armés se préparant à donner l'assaut.

Rodolphe Mazer s'est dit très affecté par la prise d'otages, quatre ans après. "On oublie et tout d'un coup, ça vous revient en pleine figure. Quand j'ai été convoqué par la cour d'assises, les cauchemars sont revenus". "Je me sens coupable de la souffrance que j'ai fait endurer à ma mère pendant ces sept jours".

Sur photos pendant l'enquête, il avait reconnu deux des six accusés arrêtés à terre par les forces spéciales françaises le 11 avril, alors que les pirates fuyaient avec la rançon de 2,15 millions de dollars.

Un seul des accusés reconnaît être un pirate, deux autres admettant être montés sur le Ponant mais seulement pour y livrer des provisions et trois se disant totalement étrangers à l'affaire.

Le président, Pascal Lemoine, a demandé à M. Mazer s'il les reconnaissait aujourd'hui. "Je ne peux pas me prononcer", a-t-il répondu. "On a tous du mal à les reconnaître, entre les photos et les hommes qui sont ici. Je préfère m'en tenir à mes dépositions".

Emmanuelle Chabert, 28 ans, qui était cabinière, a passé 28 heures cachée dans une cale avec les autres femmes de l'équipage quand les pirates sont arrivés. Elle a eu peur de se faire "violer, tuer".

Une fois tout le monde libéré sain et sauf, elle s'est fait tatouer sur la cheville une ancre qui symbolise pour elle son épreuve. "C'est là, c'est concret".

Le matelot Guillaume Lévêque, 28 ans, a évalué à "peut-être trente" le nombre de pirates qui se sont relayés à bord pendant une semaine. Sur photos pendant l'enquête, il en avait reconnu trois.

L'un des mis en cause, Abdulqader Guled Said, a protesté par le biais d'un traducteur. "Je ne suis jamais monté sur le bateau. Ce monsieur dit qu'il m'a reconnu. Il se trompe".

Le matelot a pourtant maintenu: "je l'ai vu à bord. Il était plus maigre à l'époque".

"Il était là au début ou à la fin?", a insisté un avocat de la défense, Me Grégory Saint-Michel. "Je ne sais plus", a répondu le matelot après un long silence.

Il a pourtant terminé son audition en affirmant: "aujourd'hui, je les reconnais tous les six".

Les avocats de la défense étaient indignés par ce témoignage. "C'est scandaleux dans la mauvaise foi", a estimé devant la presse Me Cédric Alépée.

"Ca semble correspondre à une nécessité de l'audience de maintenir la cohérence de l'accusation", ce qui n'est "normalement" pas le rôle des parties civiles, a renchéri Me Martin Pradel.

Le procès doit se poursuivre jusqu'à la mi-juin.

La route maritime au large de la Somalie est considérée comme la plus dangereuse du monde, avec environ 230 attaques de pirates l'an dernier.

L'UE, l'Otan et les Américains notamment luttent depuis 2008 contre la piraterie dans la région, pour tenter de protéger les navires la traversant.

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