Les enfants canadiens passent de moins en moins de temps à jouer dehors

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Les enfants canadiens ne jouent pas assez dehors. | Alamy

MONTRÉAL - Les enfants et les jeunes Canadiens reçoivent la note «F» pour le jeu et les loisirs actifs, qu'ils délaissent au profit des activités sédentaires et des écrans de télévision et d'ordinateur, au plaisir de certains parents qui craignent pour la sécurité de leurs petits.

Voilà le constat préoccupant formulé par l'organisme Jeunes en forme Canada, qui a publié mardi son Bulletin 2012 de l’activité physique chez les jeunes.

On y constate que les enfants canadiens passent en moyenne sept heures 48 minutes par jour devant des écrans, et qu'ils consacrent à des activités sédentaires 63 pour cent de leurs temps libres — après l’école et la fin de semaine. Quelque 46 pour cent d'entre eux font seulement trois heures ou moins de jeu actif par semaine — donc y compris les fins de semaine.

Mais les jeunes ne sont pas tout à blâmer.

Plus de la moitié (58 pour cent) des parents canadiens admettent être inquiets à l’égard de la sécurité de leurs enfants, et croient avoir l’obligation «de les surprotéger», note-t-on dans le rapport.

Les inquiétudes par rapport à la sécurité — crimes, circulation automobile, dangers dans le quartier, noirceur ou manque de supervision — empêchent les parents de laisser leurs enfants jouer dehors, selon le rapport.

Résultat: les jeunes sont plutôt attirés par le petit écran, et les nombreuses heures qu'ils y consacrent excèdent grandement le temps recommandé par les directives canadiennes — deux heures par jour, tout au plus.

«Pourtant, ce n'est pas plus dangereux d'être à l'extérieur en 2012 que ce l'était dans les années 1970, car il n'y a aucune différence au niveau du crime», lance Jean-Philippe Chaput, professeur et chercheur à l'École des sciences de l’activité physique de l'Université d'Ottawa, qui a participé à l'étude.

Même à l’école, la récréation est de plus en plus menacée par la vision des adultes, qui croient que ce temps libre serait mieux employé s’il était consacré à des périodes d’étude.

Le docteur Mark Tremblay, conseiller scientifique en chef de Jeunes en forme Canada, souligne que le jeu «non structuré» est en déclin de génération en génération, ce qui a un effet négatif sur la santé et le bien-être des jeunes.

Il fait valoir que le jeu actif améliore les fonctions motrices, la créativité, les aptitudes sociales, les habiletés nécessaires à la prise de décisions et à la résolution de problèmes, et qu'en plus, il est gratuit.

Il s'agit du huitième bulletin annuel de Jeunes en forme Canada, mais pour la première fois cette année, les chercheurs ont utilisé des mesures que M. Chaput qualifie d'«objectives».

«Nous avons posé des questions aux enfants et aux parents, puis nous avons pris des mesures, en suivant un enfant dans une pratique de hockey, par exemple», explique-t-il. «La différence entre ce qu'on perçoit et ce qu'on mesure est assez grande.»

Fait à noter, lorsqu'on a demandé aux jeunes ce qu'ils choisiraient, 92 pour cent ont dit qu’ils préféreraient jouer avec des amis plutôt que de regarder la télévision.

«Le jeu est l’affaire des enfants, parce que c’est ce que nos enfants et nos jeunes devraient faire», note Kelly Murumets, présidente et chef de la direction de ParticipAction.

«Nous avons la responsabilité de laisser la voie libre à nos enfants et de leur donner le temps, l’espace et la liberté de courir, de décider de leurs propres activités et d’apprendre de leurs erreurs. Ils en ressortiront plus confiants, doté d’un sens de l’aventure et peut-être — le plus important —, ayant découvert le bonheur d’être actifs.»

Aussi, selon M. Chaput, la promotion d'un mode de vie actif se fait à plusieurs niveaux. «C'est important que les parents soient de bons modèles, ce qui n'est pas nécessairement le cas», observe-t-il. «Il y a beaucoup de programmes intéressants mais si les parents ne s'impliquent pas, ça ne fonctionne pas.»

Le professeur Chaput dénonce également l'absence de stratégie fédérale en matière d'activité physique. Selon lui, la promotion de saines habitudes de vie et la prévention du gain de poids ne sont pas des priorités pour Ottawa, qui fait plutôt de l'économie son cheval de bataille.

Il se désole par ailleurs que la prévalence de l'obésité augmente depuis les 20 dernières années au Canada, et que le Bulletin place les enfants canadiens dans une situation semblable à celle de leurs voisins américains.

Le Bulletin 2012 de l’activité physique chez les jeunes a été publié par Jeunes en forme Canada et ses partenaires stratégiques, ParticipAction, l’Institut de recherche du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, et le Groupe de recherche sur la vie saine et active et l’obésité (HALO).

Les Canadiens y reçoivent la note de «F» pour le jeu et les loisirs actifs, deux autres «F» pour les niveaux d’activité physique et les comportements sédentaires liés à l’écran, tandis que les catégories «Transport actif» et «Activités physiques de la famille» reçoivent la note de D+.