Ils ont vraiment perdu leur enfant peu après sa naissance. Elle, metteure en scène, et lui, dramaturge, prennent la scène et se font comédiens pour jouer leur malheur. Ce soir, dans le salon de Nini Bélanger et de Pascal Brullemans, avec leurs enfants qui s'apprêtent à aller au lit, vous apprendrez que tout va bien maintenant.

Ils vous le disent, ils racontent le drame, le décès du nourrisson, tout. Puis ils entreprennent un rituel dérangeant auquel vous êtes dès lors intégrés, voire essentiels. Vous ne le saviez pas...Vous allez prendre sur vous, en vous, cette perte terrible de l'enfant. Ni théâtre ni réalité, il s'agit plutôt d'une expérience théâtrale pour vous et pour les parents.

Elle reproduit l'histoire de leur douleur: l'amour de ce couple, le moment érotique de la conception, les moments pénibles de l'accouchement, la venue au monde de leur petite fille, son transport à l'hôpital, l'inquiétude, l'erreur de diagnostic, l'attente, la mort du bébé, le retour mécanique à la maison alors que plus rien ne fait sens, puis la résilience enfin.

Voilà la beauté, la chaleur et la mort. Elles sont livrées avec sobriété, à travers des répliques peu nombreuses et souvent inaudibles, des halètements et des plaintes. Comme dans les rituels où les bruits, les objets, les gestes, la lenteur des scènes et les éclairages, bref les sons et les images, instaurent un climax étrange propice à l'émotion collective.

À la fin, vous hésiterez à applaudir. Est-ce qu'on applaudit la peine qu'on nous met dans les bras?

À la Caserne Dalhousie, le mardi 29 mai à 20h, dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec.