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Annan rencontre le président syrien Assad après le massacre de Houla

29/05/2012 06:50 EDT | Actualisé 29/07/2012 05:12 EDT

Le médiateur international Kofi Annan rencontrait mardi le président syrien Bachar al-Assad, quelques jours après le massacre de Houla dans lequel 108 personnes ont péri, dont la plupart ont été "exécutées" selon les premiers résultats d'une enquête de l'ONU.

Le Conseil de sécurité des Nations unies avait condamné samedi Damas pour les "bombardements par les chars et l'artillerie gouvernementale" contre un quartier résidentiel de Houla (centre), sans toutefois préciser si ce pilonnage avait causé le carnage.

"Moins de 20 des 108 assassinats peuvent être attribués à des tirs d'artillerie et de chars", a déclaré un porte-parole du Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme, Rupert Colville.

"La plupart des autres victimes (...) ont été sommairement exécutées lors de deux incidents différents" qui ont été perpétrés selon des habitants par des "chabbiha", les miliciens pro-régime. Damas a de son côté nié l'implication de ses troupes.

A son arrivée lundi en Syrie, M. Annan s'était dit "horrifié" par ce massacre qui a mis encore un peu plus en péril son plan de paix.

La trêve instaurée théoriquement le 12 avril en vertu de ce plan semble de plus en plus caduque avec 19 nouveaux morts mardi dans la répression et de violents combats entre rebelles et soldats.

La visite de M. Annan, la deuxième en trois mois de mandat, intervient après un week-end particulièrement sanglant durant lequel plus de 280 personnes ont péri, selon des chiffres de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) compilés par l'AFP.

Le médiateur, reçu par M. Assad dans la matinée, doit également se réunir avec des représentants de l'opposition et de la société civile, ainsi qu'avec le général Robert Mood, chef des observateurs de l'ONU. Il doit tenir une conférence de presse dans l'après-midi.

La veille, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem, dont le gouvernement ne reconnaît pas la contestation, a expliqué à M. Annan "la vérité sur ce qui se passe en Syrie et les attaques contre l'ordre qui visent à semer le chaos", selon l'agence officielle Sana.

"Ceux qui sont responsables de ces crimes brutaux devront en répondre", avait déclaré M. Annan en référence au massacre au cours duquel une cinquantaine d'enfants ont été tués.

Selon M. Colville, "au moins un partie substantielle" du massacre "absolument abominable" de Houla "étaient des exécutions sommaires de civils, y compris de femmes et d'enfants".

"À ce stade, il semble que des familles entières ont été tuées dans leurs maisons", a-t-il dit.

Une commission conjointe armée-justice, chargée par Damas d'enquêter, doit publier ses conclusions mercredi.

La Russie, alliée de Damas, avait estimé que régime et rebelles étaient impliquées dans le massacre, arguant de la présence de blessures à bout portant en plus des tirs d'artillerie.

Moscou, sous une pression croissante pour lâcher Damas, a pris ses distances, tout en accusant certains pays d'alimenter les violences en visant avant tout un changement de régime à Damas.

En raison de ce massacre, le président français François Hollande a annoncé l'expulsion de l'ambassadrice syrienne à Paris, Lamia Chakkour et l'Australie celle de deux autres diplomates.

M. Hollande a par ailleurs confirmé la tenue début juillet à Paris de la troisième conférence des "Amis du peuple syrien", après que le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a réclamé à ses pays des "moyens efficaces d'autodéfense" pour faire face à la répression.

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a réaffirmé au quotidien Le Monde que M. Assad "doit quitter le pouvoir", excluant toutefois dans l'immédiat toute livraison d'armes à l'opposition.

Sur le terrain, répression et combats reprenaient de plus belle, notamment dans les provinces de Homs, Idleb (nord-ouest), Hama (centre), Alep (nord) et Raqa (nord-est), selon l'OSDH.

Dans la ville d'Atareb, cible mardi de tirs de mitrailleuses lourdes et d'obus, les forces régulières se sont retirées après de violents combats avec les rebelles. Les troupes du régime subissent ces dernières semaines des pertes de plus en plus lourdes du fait d'attaques rebelles.

Le chef démissionnaire du CNS Burhan Ghalioun a appelé dimanche la population à prendre les armes si l'ONU n'intervenait pas par la force, et l'Armée syrienne libre (ASL) a averti qu'elle ne serait plus liée par le plan Annan si l'ONU n'agissait pas rapidement.

En 14 mois, les violences ont fait plus de 13.000 morts, dont plus de 1.800 depuis le début de la trêve, selon l'OSDH.

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