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Présidentielle en Égypte: Morsi et l'ancien PM Shafiq passent au second tour

28/05/2012 10:47 EDT | Actualisé 28/07/2012 05:12 EDT

LE CAIRE, Égypte - Le second tour de l'élection présidentielle égyptienne opposera les 16 et 17 juin le candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi au dernier premier ministre de l'ex-président Hosni Moubarak, Ahmed Shafiq, a annoncé le président de la commission électorale nationale, lundi.

Des actes de violence ont été commis dans la foulée du scrutin lundi soir lorsque plusieurs centaines de personnes ont saccagé le siège de la campagne de M. Shafiq, situé dans un quartier résidentiel du Caire. Selon des témoins et les forces de sécurité, elles ont fracassé des fenêtres, jeté des pancartes dehors, déchiré des affiches et mis le feu à l'immeuble. L'incident n'a pas fait de blessé.

Aucun des 13 candidats en lice n'a obtenu les 50 pour cent des suffrages requis pour l'emporter dès le premier tour les 23 et 24 mai. Candidat des Frères musulmans, principale force politique du pays détenant déjà près de la moitié des sièges de députés, Mohammed Morsi a obtenu 5,76 millions de voix, ou 24,77 pour cent des voix, selon les résultats officiels.

Il devance Ahmed Shafiq (5,5 millions de votes, ou 23,66 pour cent) tandis que le troisième, le socialiste nassérien Hamdeen Sabahi, a obtenu 4,82 millions de voix, soit 20,7 pour cent des voix. Donné favori avant le scrutin, l'ancien ministre des Affaires étrangères et ex-secrétaire général de la Ligue Arabe, Amr Moussa, est largement distancé.

Le taux de participation s'est chiffré à 46,4 pour cent puisque 23,67 millions des 50 millions d'électeurs inscrits se sont rendus voter.

La commission électorale, a expliqué son président Farouq Sultan, a rejeté la totalité des recours déposés par divers candidats, dont Hamdeen Sabahi qui dénonçait des irrégularités lors du premier tour.

C'est la première élection présidentielle en Égypte depuis la chute du président Hosni Moubarak en février 2011 sous la pression de la rue.

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui gouverne l'Égypte depuis, a promis de céder le pouvoir à un gouvernement civil d'ici le 1er juillet. Cette période de transition a été marquée par l'usage meurtrier de la force par l'armée et la police contre des manifestants réclamant le départ des militaires, une forte hausse des crimes avec violences et une aggravation de la crise économique.

En lice pour le second tour, Ahmed Shafiq a loué samedi la «glorieuse révolution» qui a renversé l'an dernier le président Hosni Moubarak, dont il fut le dernier premier ministre. Un revirement spectaculaire pour cet ancien dignitaire du régime, qui avait misé sur les déçus du printemps arabe pour s'imposer dans le duo de tête du premier tour.

M. Shafiq a promis qu'il n'entraînerait pas «de restauration de l'ancien régime». Lors d'une conférence de presse à son siège de campagne plus tôt lundi, Ahmed Shafiq a tenté de se débarrasser de son image de candidat anti-révolution et faire oublier ses propos dénigrant les jeunes manifestants à l'origine du soulèvement populaire qui a poussé Hosni Moubarak à la démission le 11 février 2011.

Les Frères musulmans, qui s'appuient sur un réseau ancien et puissant de militants, promettent de leur côté un renouveau institutionnel et spirituel. L'organisation a largement profité de la chute de Moubarak il y a 15 mois, devenant le groupe politique le plus important du pays après avoir passé près de 60 ans dans l'ombre et l'illégalité. Il a d'ailleurs remporté près de la moitié des sièges du Parlement lors des dernières élections parlementaires.

Selon un spécialiste du Moyen-Orient, Shadi Hamid, de la Brookings Institution, au Qatar, la victoire de Mohammed Morsi dépendra notamment de sa capacité à rassurer de larges pans de la population, qui voit les Frères musulmans comme des opportunistes assoiffés de pouvoir.

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