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Des militants pro-démocratie égyptiens réduits à envisager voter islamiste

28/05/2012 11:22 EDT | Actualisé 28/07/2012 05:12 EDT

Le duel entre un Frère musulman et un membre de l'ancien pouvoir pour la présidence égyptienne provoque le désarroi des militants pro-démocratie laïques, réduits à envisager de voter islamiste pour éviter un retour du régime honni contre lequel ils s'étaient mobilisés.

Les résultats officiels du premier tour annoncés lundi confirment que candidat de la confrérie, Mohammed Morsi, fera face au dernier premier ministre de Hosni Moubarak, Ahmad Chafiq, pour le second tour prévu les 16 et 17 juin.

Pour de nombreux militants qui avaient envahi la place Tahrir au Caire début 2011, précipitant la chute du dictateur, cette situation revient à choisir entre la peste et le choléra.

"C'est la pire des situations que l'on puisse imaginer", affirme la militante Baho Baksh à l'AFP.

Mais passé le moment de choc, elle estime avec d'autres qu'il faut malgré tout aller de l'avant.

"Je ne voterai certainement pas pour Ahmad Chafiq, il est l'homme de l'armée, il est répressif", affirme-t-elle, faisant allusion à son appartenance à l'armée, qui dirige le pays au travers d'un haut conseil militaire.

Mais elle confesse également une profonde défiance à l'égard des Frères musulmans, et voudrait qu'ils s'engagent sur un certain nombre de points par écrit avant le vote du second tour.

"Les libertés publiques, des choses relatives aux chrétiens coptes comme le droit de construire des églises, des questions concernant les droits des travailleurs", énumère-t-elle.

Un autre militant, Ahmed Zahran, est lui aussi mécontent de voir ce duel pour la présidence, mais le vote pour le candidat des Frères musulmans s'impose malgré ses réticences.

"Je n'envisage pas même une seconde de voter Chafiq, pour des raisons morales", affirme-t-il, tout en poursuivant dans le même souffle: "en temps normal je n'envisagerai pas non plus de voter islamiste".

"Toutefois je n'ai pas peur des Frères, j'ai peur des gens qui veulent revenir à l'ancien régime", ajoute-t-il.

Ahmed Zahran serait lui aussi soulagé si la confrérie offrait des concessions, notamment sur la composition de la commission qui rédigera la future constitution, en y incluant des libéraux et des personnes de tous horizons politiques.

"Les gens qui paniquent au sujet des Frères musulmans doivent aussi prendre en compte le fait que leur candidat n'a réalisé que 25% des voix environ au premier tour", relève-t-il également.

La confrérie "ne sera jamais en mesure d'imposer son programme religieux, parce qu'elle sait que trop de gens la rejetteraient", assure-t-il.

Les deux candidats ont multiplié ces derniers jours les promesses de respecter l'héritage de la "révolution", cherchant à s'attirer les faveurs des électeur des candidats battus au premier tour, en particulier les jeunes.

M. Morsi promet de "sauver la révolution" menacée selon lui par quinze mois de transition sous la houlette de l'armée et la possible victoire de M. Chafiq.

Ce dernier a de son côté promis qu'il n'y aurait "pas de retour en arrière" et a salué la "révolution historique" qui l'a pourtant à l'époque chassé du pouvoir.

Mais Waël Khalil, 46 ans et militant pro-démocratie de longue date, serai lui aussi plus à l'aise si les Frères donnaient des garanties aux libéraux "sur leurs priorités législatives et sur le fait qu'ils ne toucheront pas aux libertés individuelles".

Mais même sans cela il déposera un bulletin de vote pour leur candidat, Mohamed Morsi. "Il aura mon vote, même si j'ai du mal à expliquer qu'il s'agit d'un vote pour la révolution", affirme-t-il.

L'abstention lui semble, comme aux autres militants, une option qui jouerait finalement en faveur de M. Chafiq. "L'heure est grave pour la révolution", souligne-t-il.

sah-cr/hj

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