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Tunisie: révocation de 82 magistrats soupçonnés de corruption

27/05/2012 10:36 EDT | Actualisé 27/07/2012 05:12 EDT

TUNIS, Tunisie - Le ministère tunisien de la Justice a décidé la révocation de 82 magistrats pour leur implication présumée dans des affaires de corruption, a confirmé dimanche son porte-parole, Mondher Bendhiafi. Dans un entretien au journal "Achourouk" paru dimanche, le ministre Noureddine Bhiri assure que la compromission des juges sanctionnés "ne fait pas l'ombre d'un doute".

Ils sont accusés d'avoir "obéi à des ordres et trempé dans des malversations, en prononçant des jugements en violation de la loi pour protéger des intérêts personnels", a-t-il affirmé, sans donner de détails. D'après le quotidien, ils seraient impliqués dans des dossiers liés au clan Ben Ali-Trabelsi, les proches du président déchu et de son épouse Leïla Trabelsi.

Le ministère précise par ailleurs dans un communiqué qu'il se réserve le droit de soumettre "si nécessaire" certains dossiers à la justice. M. Bhiri, avocat de formation et dirigeant du mouvement islamiste modéré Ennahdha au pouvoir, a tenu à assurer que les juges visés représentaient une "minorité" et que la majorité des quelque 2000 magistrats du pays "sont intègres".

La magistrature était au centre de revendications de nombre de structures professionnelles et d'organisations de la société civile. Celles-ci exigeaient des sanctions contre les juges impliqués avec le régime de l'ex-président Zine El Abidine Ben Ali renversé en janvier 2011. Il leur était notamment reproché d'avoir prononcé des jugements "arbitraires" dictés par les apparatchiks du régime déchu dans les procès intentés aux opposants et aux défenseurs des droits de l'Homme.

Deux associations de magistrats se sont déclarées "étonnées et surprises" par les sanctions du ministre. La présidente de l'Association des magistrats tunisiens (AMT), Kalthoum Kennou, s'est ainsi interrogée sur le timing de cette décision ministérielle. Elle a dit à l'agence TAP suspecter une "manoeuvre de diversion" visant à perturber l'assemblée générale extraordinaire de son mouvement ce dimanche.

De son côté, la présidente du Syndicat des magistrats tunisiens (SMT), Raoudha Laâbidi, a critiqué la procédure de révocation qui, selon elle, "entrave l'ouverture des dossiers de corruption et ne permet pas à ceux qui ont été révoqués de se défendre". Elle a annoncé la convocation d'une "réunion d'urgence" pour examiner cette mesure.

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