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Impasse politique totale à Bahreïn où les divisions s'accentuent

27/05/2012 04:15 EDT | Actualisé 26/07/2012 05:12 EDT

La contestation menée depuis plus d'un an par la majorité chiite contre la dynastie sunnite à Bahreïn a exacerbé les tensions confessionnelles dans ce petit pays du Golfe où l'impasse politique est totale.

"Maintenant, il n'y a plus de confiance entre les deux communautés", résume l'influent dignitaire sunnite Abdellatif al-Mahmoud, qui en accuse le Wefaq, le principal groupe de l'opposition chiite.

"Le Wefaq travaille dans l'intérêt de sa communauté et non dans celui de la patrie", assène cheikh Abdellatif, président de l'Assemblée de l'Unité nationale (AUN), un collectif fédérant les groupes sunnites, lancé lors de la répression de la contestation anti-régime en mars 2011.

"La rue est divisée mais, grâce à Dieu, nous ne sommes pas arrivés à l'affrontement confessionnel", dit le dignitaire, soulignant toutefois qu'"il n'y a pas lieu à un dialogue entre l'AUN et le Wefaq, qui ne nous reconnaît pas comme une force politique".

Des slogans appelant à la chute du roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa, descendant d'une lignée à la tête de l'archipel depuis 1783, dominent désormais les manifestations quasi-quotidiennes, organisées par l'opposition dans des villages chiites.

"A bas Hamad", scandait une foule de quelque 3.000 personnes rassemblées sur la place de la Liberté à Meqsha, un village chiite, près de Manama, après le débat de l'Onu lundi à Genève sur la situation des droits de l'Homme à Bahreïn.

En revanche, des portraits du roi, de son prince héritier et de son oncle, le Premier ministre, trônent sur les grandes places dans les quartiers à majorité sunnite, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Des concessions de part et d'autre"

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Une timide tentative d'engager le dialogue entre le pouvoir et l'opposition, entreprise au début de cette année par le palais royal, n'a pas eu de suite, laissant perplexe une opinion publique mise à mal par cette incertitude politique dans un environnement régional marqué par une influence croissante de l'Iran chiite.

"Il faut des concessions de part et d'autre", répète-t-on invariablement dans les milieux chiites et sunnites.

"Sinon un jour, nous payerons, tous, le prix", dit un chauffeur de taxi, un Bahreïni qui refuse de décliner son identité ou sa confession.

Dans le camp gouvernemental, on répète à l'envi que "la porte du dialogue est toujours ouverte". "Le roi veut que le dialogue débouche sur une entente nationale, une idée que refuse le Wefaq", dit la ministre d'Etat aux Affaires de l'information, Samira Rajab.

"Le Wefaq n'a pas une approche purement bahreïnie car il subit des pressions extérieures", poursuit Mme Rajab en allusion à l'Iran.

L'opposition réclame une monarchie constitutionnelle avec un Premier ministre issu de la majorité parlementaire.

Un récent amendement constitutionnel, accordant aux élus un vote de défiance du chef du gouvernement pour non-coopération, a été jugé insuffisant par le Wefaq, accusé par le pouvoir de chercher à dominer le gouvernement.

"Pourquoi refuser un gouvernement contrôlé par un Parlement élu au profit d'un gouvernement qui sera à 100% confessionnel ?", s'interroge Mme Rajab, elle-même de confession chiite.

Pour avancer, "il faut de bonnes intentions car un durcissement des positions d'une partie suscite un durcissement chez l'autre partie", estime-t-elle.

"Nous voulons un dialogue sérieux et sans conditions préalables en vue d'une entente pour une sortie de crise", réplique Jawad Fairouz du Wefaq.

"Mais ce dialogue ne pourra pas réussir sans la libération des prisonniers politiques et un référendum pour cautionner ses conclusions", ajoute-t-il à l'AFP, soulignant "l'attachement du Wefaq au caractère pacifique de la contestation". "Nous rejetons la violence d'où qu'elle vienne".

Le pouvoir devra "au préalable appliquer les recommandations de la commission d'enquête indépendante" qui a dénoncé un "usage excessif et injustifié de la force" lors de répression ayant fait 35 tués l'an dernier, estime, sceptique, Youssef al-Khaja du mouvement Waed, une formation de gauche laïque.

tm/at/hj

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