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Foujeirah: débouché loin d'Ormuz du pétrole des Emirats

27/05/2012 05:04 EDT | Actualisé 26/07/2012 05:12 EDT

A partir du mois de juin, les Emirats arabes unis n'auront plus à passer par le détroit d'Ormuz pour exporter le gros de leur pétrole: l'oléoduc reliant les champs pétroliers d'Abou Dhabi au port de Foujeirah, sur la mer d'Oman, sera opérationnel.

"L'oléoduc commencera à fonctionner en juin", a déclaré à l'AFP le souverain de Foujeirah, Cheikh Hamad ben Mohammed Al-Sharqi, précisant que sa capacité maximale est de "1,8 million de barils par jour", soit environ 70% de la production des Emirats, et qu'il pompera en moyenne 1,5 mbj.

Cheikh Hamad préside depuis 1974 aux destinées de cet émirat adossé aux Monts Hajar, seul membre de la fédération des Emirats arabes unis à donner sur la mer d'Oman.

L'oléoduc de 360 km de long, dont la construction a commencé en 2008, permettra aux Emirats, pays membre de l'Opep produisant environ 2,5 mbj, d'échapper aux menaces répétées de l'Iran de fermer le détroit d'Ormuz en cas de sanctions contre ses exportations pétrolières.

Outre les Emirats et l'Iran lui-même, toutes les exportations de pétrole des monarchies du Golfe et la plus grande partie des exportations de l'Irak passent par le détroit d'Ormuz, par lequel transite 35% du pétrole brut transporté par voie maritime dans le monde.

L'entrée en fonction de cet oléoduc intervient alors que les récentes discussions à Bagdad entre l'Iran et les grandes puissances sur le nucléaire n'ont abouti à aucun autre résultat concret que l'annonce d'une nouvelle réunion à Moscou les 18 et 19 juin.

L'Iran, déjà soumis à de sévères sanctions internationales, est sous le coup d'un embargo pétrolier de l'Union européenne qui doit entrer en vigueur le 1er juillet en cas d'échec de ces négociations.

Selon l'expert Moustafa Al-Aani, du Gulf Research Center, si la réunion de Moscou échoue, "l'Iran pourra procéder à une escalade dangereuse et renouveler ses menaces de fermer le détroit d'Ormuz".

Cheikh Hamad écarte cependant l'éventualité d'une fermeture du détroit d'Ormuz et d'une guerre avec l'Iran. "Je ne crois pas à une guerre", affirme-t-il, estimant que les tensions avec l'Iran voisin sont "un nuage d'été qui va se dissiper".

"L'entrée en fonction de cet oléoduc augmentera l'importante géopolitique de Foujeirah, située à la rencontre des voies de navigation de l'Orient et de l'Occident", explique le souverain.

Son petit émirat, qui compte 174.000 habitants, veut profiter de sa situation stratégique pour devenir un centre d'exportation de pétrole, de gaz et de ravitaillement de navires.

Cet émirat est déjà le troisième centre en importance de soutage dans le monde après Rotterdam et Singapour, et veut se hisser à la première place.

Dans le port qui date de 1982, les travaux battent leur plein: deux nouveaux quais destinés à accueillir les tankers géants sont construits, ainsi que d'immenses réservoirs.

Ils porteront la capacité de stockage de produits pétroliers de 3 millions de mètres cubes actuellement à 11 millions en 2014, selon cheikh Hamad.

Le souverain s'attend à de nouveaux investissements dans le domaine pétrolier après la création l'an dernier de la Zone de Foujeirah pour l'industrie pétrolière.

L'émirat a inauguré l'an dernier une centrale thermique alimentée par un gazoduc transportant le gaz du Qatar voisin, en passant par Dubaï et Abou Dhabi, qui évite également le détroit d'Ormuz.

Et il prévoit la construction d'un terminal d'exportation de gaz naturel liquéfié, un projet qui sera réalisé par les compagnies d'investissements Moubadala et International petroleum investment Co (IPIC) relevant du gouvernement d'Abou Dhabi, le plus riche membre de la fédération des Emirats.

Malgré tous ces projets, Foujeirah demeure une oasis de tranquillité, loin de la frénésie de construction de Dubaï.

"Nous nous développons pas à pas. Nous ne voulons pas que le développement économique se fasse aux dépens de la perte de notre identité nationale", affirme le souverain.

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