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Cantonnés au Niger, des soldats déserteurs du Mali incertains de leur sort

27/05/2012 06:48 EDT | Actualisé 27/07/2012 05:12 EDT

"On ne nous a rien dit, on ignore tout de notre sort", lâche Hamid. Cantonnés près de Niamey, les quelques centaines de soldats maliens qui, comme lui, ont fui au Niger devant rebelles touareg et islamistes armés du nord du Mali, attendent de connaître leur avenir.

"On mange, on dort, un peu de sport et c'est tout: nous ne savons rien sur ce que demain nous réserve", chuchote ce jeune militaire, la tête enveloppée d'un turban vert. Comme ses compagnons interrogés par l'AFP, il préfère ne pas donner son identité complète, consigne de silence - passée par leurs chefs - oblige.

A Saguia, village à quelques kilomètres au sud de la capitale nigérienne, ces 400 à 500 soldats maliens, en majorité touareg, vivent depuis début mai sous des tentes aménagées sur une zone militaire au bord du fleuve Niger.

Ils étaient dirigés par le colonel Alaji Ag Gamou, qui fut un pilier de l'armée malienne dans le Nord mais avait fui fin mars face aux rebelles touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA). Depuis bientôt deux mois, l'immense région nord est sous le contrôle de groupes armés: le MNLA et le mouvement islamiste Ansar Dine, qui ont annoncé samedi leur fusion, ainsi qu'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Le colonel-major Ag Gamou avait d'abord pris position avec ses hommes dans la zone de Labezanga, dans l'ouest du Niger, près de la frontière avec le Mali. Avant d'arriver à Niamey, ses éléments ont été désarmés, selon une source sécuritaire nigérienne.

Accès interdit au camp, gardé par des gendarmes nigériens. Hamid fait quelques pas devant l'entrée. "On s'ennuie trop. Dans le désert on est libre, ici c'est un vase clos, on veut partir", confie Alhassane, l'un de ses compagnons. "Il faut que les ordres tombent vite du sommet", lâche-t-il.

Tout près, des soldats discutent avec un vendeur de vêtements, d'autres forment un cercle autour d'un vendeur de viande grillée.

Depuis l'extérieur, on voit des soldats assis ou couchés sur le sol devant leur tente. D'autres font un jogging.

"Nous n'avions d'autre choix que la fuite", la "puissance de feu" du camp adverse était "supérieure", raconte Hamid, qui ne s'étend pas sur la débandade des soldats du Mali.

Agali porte toujours sa tenue militaire. Turban marron autour du visage, ce soldat d'une vingtaine d'années accuse le capitaine Amadou Haya Sanogo, auteur du putsch du 22 mars à Bamako qui a précipité la chute du Nord malien, d'être responsable de la "déconfiture du Mali".

"Il a tout +gâté+ (gâché, ndlr) au Mali", peste-t-il. "Pendant qu'il fout la pagaille à Bamako, les islamistes gagnent du terrain au Nord".

Pour laver "l'affront", tous jurent comme un seul homme être prêts à retourner au front "combattre les islamistes".

Hamid a son plan d'attaque. "Avec l'aide de la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest), si on ouvre un front à partir de Bamako, un autre de l'Algérie et un troisième du Niger, et avec un important soutien aérien, on est sûr de reprendre le Nord", ose-t-il.

Le Niger, confronté par le passé à des rébellions touareg, ne s'est toujours pas publiquement expliqué sur la présence de ces soldats déserteurs sur son sol.

Vendredi, des représentants du Collectif nigérien d'organisations de défense des droits de l'Homme et de la démocratie (CODDHD), venus visiter le camp, se sont heurtés à un colonel malien, qui leur a refusé l'entrée malgré l'accord donné par Niamey.

"Nous ne sommes pas des réfugiés, nous sommes des militaires maliens!", a clamé le gradé.

Pour Kanny Anbdoulaye, coordonnateur du CODDHD, il est temps que le gouvernement nigérien "clarifie le statut de ces militaires". "Cette présence nous inquiète", dit-il à l'AFP.

Le colonel-major Ag Gamou avait dit dans un premier temps, fin mars, rejoindre le MNLA. Une "ruse" pour échapper à l'ennemi, avait-il expliqué après coup. Signalé ensuite au Burkina Faso, il a été reçu cette semaine par les autorités algériennes, qui s'inquiètent de la crise chez leur voisin malien.

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