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Le duel pour la présidence en Egypte, "cauchemar" pour l'écrivain Khamissi

26/05/2012 09:18 EDT | Actualisé 26/07/2012 05:12 EDT

L'écrivain égyptien Khaled al-Khamissi, auteur du best-seller "Taxi", estime dans un entretien à l'AFP que le duel pour la présidentielle entre le Frère musulman Mohammed Morsi et la figure de l'ancien régime Moubarak Ahmad Chafiq est un "cauchemar" pour ceux qui ont porté la révolte de 2011.

Question: Quel est votre sentiment à l'issue du premier tour?

Réponse: "C'est l'option cauchemar (...) on pouvait accepter toutes les options, sauf celle-ci.

Mais, pour être honnête, ce résultat est totalement logique, car ces candidats étaient soutenus par deux machines électorales.

D'un côté, la machine du PND (Parti national démocratique) qui a gouverné pendant 30 ans avec (le président déchu Hosni) Moubarak, (...) qui travaille avec les conseils des villages, les mairies, les gouvernorats, qui a une capacité financière énorme et est liée au ministère de l'Intérieur et à l'armée.

Et de l'autre côté, la machine des Frères musulmans, qui ne sont pas seulement une organisation bien structurée, mais aussi une machine économique et financière liée à de grands businessmen (...). C'est aussi un réseau de mosquées et de salles de prières, qui sont comme des dizaines de milliers de bureaux d'un parti".

Q: Est-ce que ces résultats marquent l'échec de la révolution?

R: "Non (...) La révolution égyptienne a commencé il y a 6-7 ans, avec des mouvement de contestation sociale, ouvrière, universitaire... C'est une boule de neige qui continue à grandir. Jusqu'à maintenant, ces mouvements sociaux n'ont pas réussi à se métamorphoser en mouvements politiques. Les gens qui sont descendus dans les rues (en janvier-février 2011) sont des gens éparpillés, sans appartenance politique ou à des groupes.

On doit promouvoir (...) les revendications révolutionnaires dans les syndicats indépendants --plus de 200 ont été créés en 2011, alors qu'il n'y en avait que deux avant la révolution--, les mouvements sociaux et faire changer les choses d'en bas. On va continuer ça avec force".

Q: Selon vous, quel président va sortir des urnes?

R: "M. Chafiq semble sur le papier avoir un léger avantage (...) Ceux qui vont voter Chafiq soit refusent les Frères musulmans, soit croient que l'Egypte a besoin d'un système fort basé sur des institutions de sécurité.

M. Morsi aura les voix des Frères musulmans et des islamistes. Mais il y aura aussi des gens des forces civiles qui voteront pour lui pour ne pas voter Chafiq et Moubarak.

Mais 20% de ceux qui ont participé au scrutin ne vont pas savoir pour qui voter. De mon point de vue, il y aura au moins 10% des électeurs du premier tour qui ne se déplaceront pas, car ils estiment qu'ils ne peuvent moralement pas voter Chafiq ou Morsi. De mon côté, je vais boycotter le scrutin. C'est impossible de voter, je refuse totalement les deux. Dans tous les cas, ce sera une catastrophe (...).

La route était très bien planifiée pour mener à Morsi ou Chafiq. Si on analyse ce qui s'est passé depuis un an et demi, on verra qu'on a marché sur une route pavée de mines par le Conseil suprême des forces armées (CSFA, au pouvoir) pour contrer la révolution".

(Propos recueillis par Céline CORNU)

cco/cr/sbh

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