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La bataille du second tour de la présidentielle égyptienne est engagée

26/05/2012 09:10 EDT | Actualisé 26/07/2012 05:12 EDT

Les deux finalistes de la présidentielle égyptienne, le Frère musulman Mohammed Morsi et le dernier Premier ministre de Hosni Moubarak, Ahmad Chafiq, ont cherché samedi à élargir leurs soutiens pour le second tour d'un scrutin qualifié d'"encourageant" par le Centre Carter.

Les deux hommes, qui se sont posés en défenseurs de la "révolution" face à une opinion très divisée, sont donnés en tête du premier tour qui s'est tenu mercredi et jeudi, sur la base de résultats quasi-complets, les scores officiels ne devant toutefois être proclamés que dans les prochains jours.

M. Chafiq a cherché samedi à corriger l'image de "revenant" de l'ancien régime lors de sa première conférence de presse de finaliste: "Il n'y a pas de place pour un retour à l'ancien régime. L'Egypte a changé et on ne peut pas revenir en arrière".

L'ancien Premier ministre, qui avait dû partir sous la pression de la rue en mars 2011, peu après la démission du président Moubarak, s'est adressé aux jeunes en déclarant: "La révolution que vous avez provoquée vous a été confisquée, je me suis engagé et je m'engage à vous en rendre les fruits".

L'ancien chef d'état-major de l'armée de l'air, ex-ministre de l'Aviation civile, a également tendu la main aux candidats éliminés.

Il est soutenu par une grande partie de la communauté chrétienne copte (près de 10% de la population), anxieuse face à la montée de l'islamisme, et a fait campagne sur les thèmes de la sécurité et de la stabilité pour convaincre les nombreux Egyptiens inquiets de la crise économique et de la montée de la criminalité.

Il est en revanche très impopulaire parmi les mouvements de jeunes ayant initié la révolte, qui l'accusent d'être le candidat des militaires, au pouvoir depuis la chute de M. Moubarak.

Les Frères musulmans ont lancé une virulente campagne contre lui vendredi soir, l'accusant de mettre la révolution "en danger".

"Nous avons besoin d'un pays démocratique. Chafiq est contre la démocratie", a déclaré un haut responsable de la confrérie, Essam el-Eriane, dont la formation ne s'était pourtant ralliée qu'avec beaucoup d'hésitation au mouvement de contestation l'an dernier.

Les Frères devaient également commencer à approcher samedi des candidats battus au premier tour pour rallier des soutiens indispensables.

Selon les résultats provisoires communiqués par la confrérie et la presse, M. Morsi aurait recueilli environ 25% des voix, suivi de très près par M. Chafiq, crédité de quelque 24% des suffrages.

Les candidats éliminés comprennent des islamistes, comme l'indépendant Abdel Moneim Aboul Foutouh, et des laïcs, comme l'ex-secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa ou le candidat de gauche Hamdeen Sabbahi.

L'ancien président américain Jimmy Carter a affirmé samedi que le processus présidentiel avait été "encourageant" en dépit de "contraintes" sans précédent imposées aux observateurs.

Il a précisé que la délégation du Centre Carter n'avait pas été autorisée à observer le dépouillement dans les centres régionaux et n'avait donc "pas de moyen de certifier que l'ensemble du processus était convenable".

Mais en général "il n'y a pas eu de signe (...) montrant que la procédure ait favorisé un candidat en particulier", a-t-il ajouté.

Néanmoins, M. Sabbahi, arrivé troisième selon les résultats préliminaires, va porter plainte "auprès de la commission électorale contre des irrégularités" qui pourraient selon lui affecter le résultat du premier tour, a indiqué à l'AFP son avocat, Mahmoud Qandil.

La presse relevait samedi que près d'un an et demi après la révolte, le pays devait choisir entre deux candidats aux options radicalement différentes, mais non portés par les idéaux "révolutionnaires".

"L'Egypte, entre un cheikh et un général", résumait en Une le quotidien indépendant Al-Watan.

"Nous sommes face à un vote pro-islam qui s'oppose à un vote pro-stabilité", a souligné l'analyste indépendant Hicham Kassem. "Nous faisons face au risque de maintenir le régime de Moubarak ou d'islamiser le pays. C'est l'une des situations politiques les plus difficiles que l'Egypte aie jamais connues", a-t-il déclaré à l'AFP.

Un militant en vue, Omar Kamel, a exprimé sur son blog le désarroi des "révolutionnaires": "Allons-nous livrer l'Egypte à un représentant de l'ancien régime, comme si rien ne s'était passé, comme si la révolution n'avait pas eu lieu? Ou allons-nous satisfaire la soif de pouvoir des Frères musulmans et courir le risque de voir la révolution servir à satisfaire leurs ambitions?"

Les pouvoirs du futur président élu pour quatre ans sont encore imprécis, l'ancienne Constitution ayant été suspendue et la nouvelle n'ayant pas même commencé d'être rédigée en raison de blocages politiques.

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