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25/05/2012 09:03 EDT | Actualisé 25/07/2012 05:12 EDT

RDC: le Nord-Kivu s'embrase à nouveau

Les combats depuis un mois entre l'armée et des mutins ex-rebelles, dont le général Bosco Ntaganda, recherché par la Cour pénale internationale (CPI), ont profité aux groupes armés de nouveau très actifs dans l'est de la République démocratique du Congo, replongé dans le chaos et la violence.

Début avril, des centaines de soldats ont fait défection dans les provinces instables des Nord et Sud Kivu. La plupart étaient issus de l'ex-rébellion tutsi-congolaise du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), intégrée dans les Forces armées (FARDC) en 2009 après des accords de paix avec le gouvernement.

Pour mater la mutinerie, le président Joseph Kabila a suspendu le 11 avril à Goma, capitale du Nord-Kivu, les opérations contre les milices locales et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), dont certains membres sont recherchés par Kigali pour participation présumée au génocide des Tutsi par les Hutu en 1994 au Rwanda.

Profitant du vide, les FDLR et des groupes armés locaux, surtout Maï Maï, ont gagné du terrain. Les FDLR, régulièrement accusés en RDC d'exactions contre les civils, se sont repositionnés "essentiellement" dans le territoire de Lubero, au nord de Goma, selon la Mission de l'ONU (Monusco).

Courant mai, ils sont accusés d'avoir tué plusieurs dizaines de personnes dans le territoire de Masisi, plus au sud, où l'armée a commencé fin avril ses offensives contre les proches du général Ntaganda, ex-chef d'état-major du CNDP recherché par la CPI pour enrôlement d'enfants soldats, et que Kinshasa ne protège plus.

Selon des sources militaires, l'officier supérieur s'est replié dans le territoire voisin de Rutshuru, frontalier du Rwanda, qui avait démenti soutenir le CNDP du temps de sa rébellion. Depuis son repli, la confusion règne quant aux forces en présence au Rutshuru.

Le gouvernement et les mutins s'accusent mutuellement de collaborer avec les FDLR, et une partie des dissidents se réclame du nouveau Mouvement du 23 mars (M23), dirigé par le colonel Sultani Makenga, ex-bras droit du général Ntaganda, qui nie tout lien avec lui, et revendique la pleine application des accords de 2009.

"Le gouvernement a signé des protocoles avec de nombreux groupes, notamment Maï Maï. Je crains un effet boule de neige et des alliances (entre ex-rebelles) pour obtenir gain de cause", confie Aloys Tegera, directeur de recherche au Pole Institute, un centre spécialisé sur la région des Grands-Lacs.

Les FARDC ont récemment reçu des renforts, ce qui "illustre bien la faiblesse des FARDC, qui doivent faire venir des troupes de tout le pays pour attraper quelques mutins", estimés à 300 par le gouvernement, explique un analyste spécialiste de la RDC. Faiblesse matérielle, logistique et aussi morale, souligne Jason Luneno, député de Goma.

La trêve qui avait été décidée pour que les mutins rejoignent leurs unités a "été un coup fatal contre les FARDC: quand ils avaient le dessus, on leur a demandé d'arrêter. Ils disent qu'ils ne sont pas des jouets, et certains refusent d'aller se battre", explique-t-il.

Face à l'impuissance de l'armée, le Premier ministre Augustin Matata Ponyo a sous-entendu que les ex-CNDP avaient une "base arrière dans un pays voisin", sans citer de nom. Il a appelé la communauté internationale à pousser "tous les Etats concernés à éviter" de soutenir les "groupes négatifs", alors que Kinshasa et Kigali prévoient une collaboration plus étroite pour les neutraliser.

Maltraités par 20 ans de violences dans la région, les civils ont à nouveau fui. "Environ 47.000 personnes ont été déplacées" et plus de 9.000 réfugiés ont été enregistrés au Rwanda, selon l'ONU. En Ouganda, les autorités chargées des réfugiés ont évoqué 10.000 arrivées depuis avril.

hab/epe/pb

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