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24/05/2012 08:02 EDT | Actualisé 24/07/2012 05:12 EDT

Une manifestation anti-immigrés à Tel-Aviv choque et divise Israël

Une manifestation qui a dégénéré en violences racistes à Tel-Aviv a déclenché jeudi une virulente polémique sur la présence en Israël de quelque 60.000 immigrants clandestins, la plupart Soudanais et Erythréens, entrés illégalement via le Sinaï égyptien.

Mercredi soir, un millier d'Israéliens ont défilé dans le quartier défavorisé de HaTikva, situé dans le sud de Tel-Aviv, aux cris de "Les Soudanais au Soudan" et autres slogans xénophobes, en vilipendant "les belles âmes gauchistes" qui défendent ces étrangers.

Certains des manifestants ont attaqué et pillé des magasins tenus par des Africains et endommagé plusieurs voitures transportant des immigrés, a précisé à l'AFP le porte-parole de la police, Micky Rosenfeld.

La police a interpellé 20 personnes et demandé jeudi à la justice de prolonger la garde-à-vue de 16 d'entre eux, dont quatre mineurs.

Les Africains étaient peu nombreux jeudi sur le marché de HaTikva, a constaté l'AFP.

"Il y a 70% de Noirs en moins ce matin", se réjouit le propriétaire d'une petite boutique de vêtements, qui préfère rester anonyme.

Cet Israélien de 24 ans explique que l'afflux d'Africains provoque un sentiment d'insécurité chez les habitants les plus âgées du sud de Tel-Aviv. "Ma grand-mère a quitté le quartier après qu'un Africain est rentré chez elle. Même moi j'ai peur", témoigne-t-il.

Il dit cependant comprendre la difficulté de la situation des clandestins: "Une fois qu'ils sont en situation illégale et qu'ils ont faim, bien sûr qu'ils seraient prêts à faire n'importe quoi".

"La seule solution est de les renvoyer chez eux", insiste une Israélienne en achetant des tomates à une échoppe voisine. "Nous avons peur de sortir de chez nous. Leur situation pousse ces illégaux à faire des choses terribles".

Le ministre de l'Intérieur Elie Yishaï, chef du parti religieux Shass, a estimé qu'il fallait "mettre derrière les barreaux" tous les clandestins africains.

"Il faut les placer dans des centres de détention et de rétention puis les renvoyer chez eux car ils viennent prendre le travail des Israéliens et il faut protéger la caractère juif de l'Etat d'Israël", a-t-il affirmé à la radio militaire.

Si le gouvernement n'agit pas, a averti M. Yishaï, "ils seront bientôt un demi-million, voire un million".

Selon les chiffres officiels, 62.000 immigrés illégaux se sont "infiltrés" depuis 2006 en Israël en provenance surtout du Soudan, du Soudan du Sud et de l'Erythrée.

Pour tenter d'endiguer cet afflux, le gouvernement a accéléré la construction d'une clôture de 250 km le long de sa frontière avec l'Egypte, très poreuse car passant en plein désert du Sinaï. L'ouvrage devrait être achevé à la fin de l'année.

Une députée du Likoud, le parti de droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Miri Regev, qui a participé à la manifestation de mercredi, a assimilé les clandestins à "un cancer qui prolifère".

En revanche, Ron Huldaï, le maire de gauche de Tel-Aviv-Jaffa, a estimé que "si le gouvernement permet aux immigrés illégaux de s'installer à Tel-Aviv, il faut leur donner les moyens de vivre en leur permettant de travailler".

Yariv Oppenheimer, le dirigeant de l'association anti-discrimination La Paix Maintenant, a demandé au procureur général d'ouvrir des poursuites pour "incitation à la haine raciale" à l'encontre des députés du Likoud présents à la manifestation.

Deux rassemblements antiracistes sont prévus dans la soirée à Tel-Aviv et Jérusalem.

A la suite d'une vague de criminalité impliquant des immigrés, un vif débat s'est engagé sur le nombre des clandestins africains en Israël.

Dimanche, M. Netanyahu avait qualifié le phénomène de l'infiltration illégale d'"extrêmement grave" et estimé qu'il menaçait "les fondements de la société israélienne".

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