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Site par site, Washington "réfute" la propagande d'Al-Qaïda sur internet

24/05/2012 05:33 EDT | Actualisé 24/07/2012 05:12 EDT

Une quarantaine de fondus d'internet, arabophones pour la plupart, sont chargés par l'administration américaine de dissuader les plus tentés de céder aux sirènes d'Al-Qaïda en "réfutant" la propagande du réseau extrémiste, site par site.

"Il ne s'agit surtout pas de piratage", souligne, sous couvert de l'anonymat, un haut responsable de ce tout nouveau "Centre de communications stratégiques" du département d'Etat, doté d'une enveloppe budgétaire de six millions de dollars et opérationnel depuis septembre 2011.

Au contraire, explique Victoria Nuland, la porte-parole du département d'Etat, les "cyber-guerriers" avancent à visage découvert, "ils s'identifient et disent bien qu'ils travaillent pour le département d'Etat".

Le principe de cette offensive est simple: les informaticiens du département d'Etat qui parlent couramment arabe, ourdou (la langue officielle du Pakistan) et somalien écument les sites, forums et autres réseaux sociaux à la recherche de propagande d'Al-Qaïda, sous forme d'écrits, de photos ou de vidéos, et y répondent du tac-au-tac sur le même site.

"Dès qu'Al-Qaïda télécharge quelque chose, nous aussi nous téléchargeons quelque chose sur le même site ou le même forum. S'ils mettent un lien vers une de leur vidéos sur YouTube, nous faisons de même et renvoyons vers une de nos vidéos sur YouTube", explique le responsable du centre.

Le but, insiste-t-il, n'est pas tant de s'adresser aux militants d'Al-Qaïda, mais plutôt d'empêcher le réseau de "radicaliser une frange" de jeunes hommes prêts à basculer, en "réfutant la propagande" d'Al-Qaïda.

"La bataille que mène Al-Qaïda se joue à moitié sur le terrain médiatique", constate-t-il.

Comme le note Bruce Riedel, expert en antiterrorisme au centre de réflexion Brookings, "la lutte contre Al-Qaïda doit aller au-delà des drones et des espions. Il est donc tout à fait logique de se battre sur le terrain de la propagande".

Mercredi soir, la chef de la diplomatie américaine Hillary Clinton en personne a révélé l'existence de cette unité spéciale.

"En l'espace de 48 heures, notre équipe a couvert les mêmes sites de versions modifiées de leurs messages en affichant le bilan des morts des attentats d'Al-Qaïda parmi le peuple yéménite", s'est félicitée la secrétaire d'Etat lors d'un dîner avec des responsables des services spéciaux américains (Special Operations Command), basés à Tampa en Floride (sud-est).

Victoria Nuland, sa porte-parole, a cité jeudi l'exemple d'une photo mise en ligne par les militants où l'on peut voir, selon elle, des "cercueils enveloppés du drapeau américain. Nous avons fait un +contre-post+ dans lequel on peut voir des cercueils recouverts du drapeau yéménite pour bien souligner que ce sont des Yéménites qui sont tués par Al-Qaïda au Yémen".

Lundi, au moins 96 soldats ont été tués et plus de 300 blessés lorsqu'un homme portant un uniforme militaire s'est fait exploser au milieu des soldats qui préparaient le défilé prévu à l'occasion du 22e anniversaire de l'unification du Yémen, un attentat revendiqué par Al-Qaïda.

Difficile de mesurer les effets de l'offensive lancée par le département d'Etat, mais, Hillary Clinton a dit mercredi "constater que nos efforts commencent à avoir un impact parce que des extrémistes font part de leur mécontentement et demandent à leurs sympathisants de ne pas croire tout ce qu'ils lisent sur l'internet".

gde/sj

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