Certains chômeurs devront accepter des emplois moins bien payés

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DIANE FINLEY
CP

Après avoir reçu des prestations pendant un certain temps, les chômeurs seront contraints d'accepter des emplois moins bien rémunérés, sinon leurs prestations seront réduites, a annoncé la ministre des Ressources humaines, Diane Finley.

Le gouvernement conservateur a précisé jeudi les changements qu'il apporterait à l'assurance-emploi, une initiative annoncée dans le budget fédéral en mars, mais dont aucun détail n'avait encore été révélé.

Ottawa affirme toutefois qu'il laissera la possibilité aux chômeurs de trouver un « emploi convenable », un terme que la réforme cherche à redéfinir pour le rendre plus précis.

Le type de travail ainsi que le salaire détermineront aussi la définition d'un emploi convenable. Ces facteurs varieront cependant selon les recours antérieurs à l'assurance-emploi et la durée des périodes de prestations.

« Notre prospérité économique dépend de notre capacité à relever les défis émergents et croissants du marché du travail. Elle dépend de notre compétitivité et de notre souplesse. Les pénuries de main-d'oeuvre, le principal défi, vont s'intensifier en raison du vieillissement de la population et de la forte concurrence pour embaucher des travailleurs qualifiés sur la scène internationale », a expliqué la ministre Finley, lors d'une conférence de presse à Ottawa.

Les prestataires d'assurance-emploi seront classés en trois catégories :

  • Les travailleurs de longue date, soit les prestataires qui ont cotisé au régime d'assurance-emploi pendant au moins sept des dix dernières années et qui, au cours des cinq dernières années, ont touché des prestations régulières d'assurance-emploi pas plus de 35 semaines. Les travailleurs de longue date seront les plus avantagés. C'est seulement après 18 semaines qu'ils devront élargir leurs recherches et se verront contraints de se trouver un emploi, à 80 % de leur salaire précédent.
  • Les prestataires fréquents, soit les prestataires, qui, au cours des cinq dernières années, ont présenté trois demandes ou plus de prestations et ont touché des prestations pendant plus de 60 semaines. Cette catégorie comprend les travailleurs saisonniers. Les prestataires fréquents devront, après sept semaines, accepter tout travail pour lequel ils sont qualifiés, ainsi qu'un salaire valant 70 % du précédent.
  • Les prestataires occasionnels, soit tous les autres prestataires. Ceux-ci devront élargir leurs recherches sept semaines après le début des prestations. Après 18 semaines, ils devront accepter tout travail pour lequel ils sont qualifiés, à un salaire de 70 % du précédent.

Évidemment, les chercheurs d'emploi devront faire la preuve qu'ils ont cherché activement et intensément des emplois, en démontrant qu'ils ont fait des appels et envoyé des curriculum vitae.

Selon des fonctionnaires invités à expliquer la réglementation, moins de 1 % des prestataires actuels verront leur chèque d'assurance-emploi diminuer.

Par ailleurs, on ne touche pas aux heures assurables, qui vont de 420 à 700, ni au taux de prestations actuelles, qui sont de 55 % du salaire, pour un maximum de 485 $ par semaine.

Réactions de déception

Réagissant à l'annonce, le Nouveau Parti démocratique (NPD) affirme que cette réforme dénote un manque de vision et d'action. Les néo-démocrates déplorent que le gouvernement tente de limiter l'accès à l'assurance-emploi plutôt que de créer de l'emploi.

L'opposition officielle dit que ce n'est pas l'affaire du gouvernement de jumeler les travailleurs aux emplois disponibles et croit que le gouvernement ne devrait pas forcer les travailleurs à accepter des emplois, mais les aider à en trouver.

Selon le NPD, on insinue avec cette réforme que les gens sont paresseux et ne veulent pas travailler, ce qui est une insulte aux travailleurs canadiens.

Au lieu d'arriver avec un plan de création d'emplois, ils sont arrivés avec un plan d'attaque contre les chômeurs », a lancé le député du NPD Alexandre Boulerice.

Par ailleurs, au Bloc québécois, on s'inquiète pour les travailleurs saisonniers et leurs employeurs. « L'hiver ça arrive une fois par année. Et on dirait que le gouvernement oublie ça dans les régions. Donc, pour les pêcheurs, donc, pour les gens qui travaillent dans le milieu hôtelier, dans le milieu touristique, ces employeurs-là qui soutiennent les régions ont le droit de ravoir leur même main-d'oeuvre qu'ils ont déjà formée, et non pas seulement une nouvelle main-d'oeuvre occasionnelle », a déclaré le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé.

Du côté syndical, la CSN estime que la réforme du régime d'assurance-emploi « est une attaque directe aux travailleuses et aux travailleurs, un mépris total de celles et de ceux qui perdent leur emploi ».

La CSN critique le fait que le gouvernement exigera maintenant des prestataires d'assurance-emploi qu'ils acceptent des emplois ne répondant pas à leur expérience et à leurs qualifications. Pour la centrale syndicale, il s'agit d'une mesure contre-productive sur le plan économique. La CSN tient aussi à rappeler qu'actuellement, moins de 50 % des chômeurs sont admissibles à des prestations.

La réaction est toute autre du côté patronal. Le Conseil du patronat du Québec accueille positivement les modifications apportées au régime d'assurance-emploi qui « permettront de favoriser une meilleure adéquation entre les qualifications des travailleurs en recherche d'emploi et les besoins des employeurs ».

Le Conseil du patronat estime cependant que le gouvernement fédéral devrait revoir en profondeur le financement du régime afin d'établir un partage des coûts plus équitable. L'organisme désirerait en fait que le gouvernement fédéral recommence à y contribuer . Actuellement, les employeurs fournissent 60 % de la caisse de l'assurance-emploi, les travailleurs 40 %.

Aide à l'emploi

Le gouvernement veut par ailleurs aider les chercheurs d'emploi à trouver plus facilement de nouveaux débouchés dans leur secteur. Il compte ainsi augmenter les offres d'emploi qu'il leur envoie.

À l'heure actuelle, les prestataires de l'assurance-emploi peuvent recevoir jusqu'à trois avis d'emploi toutes les deux semaines s'ils remplissent leur rapport en ligne. Avec la réforme, ils recevront des avis deux fois par jour, pour la profession qu'ils ont sélectionnée ou dans des secteurs professionnels connexes. En plus de provenir du Guichet emplois de l'assurance-emploi, ces avis viendront aussi de sites d'emplois du secteur privé.

Selon Diane Finley, 1 million de dollars seront versés pour mettre la réforme en place, surtout en raison de l'amélioration du programme d'alerte-emplois.

Travailleurs étrangers temporaires

Le gouvernement veut aussi s'assurer que tout sera mis en oeuvre pour que les emplois au pays soient comblés par des travailleurs canadiens avant que les employeurs embauchent des travailleurs étrangers, afin que les salaires payés restent au Canada.

Les employeurs devront donc prouver qu'ils ont annoncé convenablement leurs emplois disponibles, souvent des emplois agricoles temporaires, et qu'ils n'ont pas réussi à trouver des travailleurs locaux avant d'avoir le droit de se tourner vers l'étranger.

Mme Finley pense que de nombreux travailleurs canadiens ne sont pas au courant de ces emplois et qu'une meilleure diffusion de l'information à ce sujet fera une différence. Elle affirme également qu'il vaut mieux travailler à temps partiel que de ne pas travailler du tout.

Selon Statistique Canada il y avait 250 000 emplois vacants l'an dernier.

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