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24/05/2012 04:32 EDT | Actualisé 23/07/2012 05:12 EDT

L'élection présidentielle en Égypte creuse le fossé entre les générations

LE CAIRE, Égypte - Arwan el-Hussein, une étudiante en pharmacie âgée de 20 ans, se dispute avec son père depuis des semaines pour tenter de le convaincre de ne pas voter pour l'ancien premier ministre d'Hosni Moubarak à l'élection présidentielle en Égypte.

«C'est une trahison de la révolution», a dit la jeune femme au sujet de la candidature d'Ahmed Shafiq, un vétéran de l'ancien régime renversé lors du soulèvement populaire de l'an dernier. «Je me sens déprimée quand j'y pense.»

L'élection présidentielle historique en Égypte, dont le premier tour a eu lieu mercredi et jeudi, a creusé le fossé des générations dans plusieurs familles du pays. Les aînés préfèrent les personnalités connues de l'ancien régime, alors que les jeunes veulent quelque chose de nouveau.

Le résultat, ce sont des discussions interminables lors des repas familiaux et devant la télévision, qui diffuse d'innombrables entrevues avec les candidats à la présidence.

Arwan el-Hussein a réussi à convaincre sa mère de «voter pour la révolution», mais son père a convaincu l'un de ses frères de voter pour M. Shafiq.

La mère de la famille, Omayma, est désormais opposée à toute candidature d'un proche du régime Moubarak, des personnalités que plusieurs Égyptiens qualifient de «feloul» («vestiges»).

«Nous aurons une deuxième révolution si les "feloul" gagnent», a estimé Omayma.

Pour la jeunesse égyptienne, avoir un nouveau visage à la présidence est une façon de payer la dette de la révolution et de faire changer les méthodes de l'ancien régime. Ces jeunes pensent que sans le soulèvement populaire de l'an dernier, Hosni Moubarak n'aurait jamais quitté le pouvoir et il n'y aurait jamais eu de véritable élection libre dans l'histoire de l'Égypte.

Mais leurs parents, eux, veulent le retour de la stabilité après 15 mois de transition difficile depuis la chute du régime. La transition a été marquée par l'usage meurtrier de la force contre les manifestants pro-démocratie, une forte hausse des crimes violents, une aggravation de la crise économique et la hausse du prix des aliments.

L'attrait de l'inconnu ajoute une nouvelle dimension aux débats: cette fois-ci, l'élection est véritablement libre et le résultat est difficile à prédire.

Sur les 13 candidats à la présidence, cinq sont considérés comme des candidats de premier plan, mais aucun n'est dominant. Les résultats du premier tour doivent être annoncés le 29 mai. Si aucun des candidats n'obtient plus de 50 pour cent des voix, ce qui risque de se produire, les deux candidats arrivés en tête s'affronteront lors d'un second tour les 16 et 17 juin. Le vainqueur sera annoncé le 21. Pour l'instant, personne ne peut dire avec certitude qui seront les deux candidats de tête.

Près du quart des 82 millions d'Égyptiens sont âgés de 18 à 30 ans. Le fossé des générations n'est pas clairement défini — tous les candidats se targuent d'avoir de jeunes partisans, alors que certains aînés pensent qu'il est temps d'avoir du sang neuf —, mais il semble être un facteur dans cette élection, et il transcende les divisions entre islamistes et laïques.

Plusieurs jeunes Égyptiens appuient deux candidats «de l'extérieur», qui ne sont pas liés à l'ancien régime. L'un d'eux est Abdel-Moneim Abolfotoh, un islamiste modéré dont le programme inclusif a obtenu l'appui de certains progressistes, gauchistes et même de certains chrétiens. M. Abolfotoh est lui-même une sorte de rebelle puisqu'il s'est séparé des puissants Frères musulmans.

L'autre candidat «de l'extérieur» est Hamdeen Sabahi, un militant qui se revendique de l'idéologie panarabe, socialiste et nationaliste de l'ancien président Gamal Abdel-Nasser. À 57 ans, il est le plus jeune des candidats à la présidence.

Les Égyptiens plus âgés préfèrent quant à eux des personnalités connues du régime Moubarak. L'une d'elles est Ahmed Shafiq, ancien commandant de l'armée de l'air et dernier premier ministre d'Hosni Moubarak. L'autre est Amr Moussa, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien secrétaire général de la Ligue arabe.

En termes générationnels, le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, entre dans la deuxième catégorie.

Les Frères musulmans ont participé aux manifestations contre Moubarak, mais du point de vue de certains jeunes Égyptiens, ce mouvement qui existe depuis 82 ans et qui est dirigé par des septuagénaires fait aussi partie de «l'ancien régime». Les Frères musulmans constituaient la principale opposition à Hosni Moubarak durant son règne, mais la rivalité s'exprimait dans le cadre du «système».

Plusieurs jeunes Égyptiens affirment que si Ahmed Shafiq ou Amr Moussa sont élus à la présidence, les manifestants redescendront un jour ou l'autre dans la rue pour demander des changements, comme ils l'ont fait pendant 18 jours sur la place Tahrir l'an dernier.

«J'ai dit à mes parents que si Amr Moussa gagne, ils ne verront plus un seul centimètre de libre sur la place Tahrir» parce que des milliers de manifestants vont y converger, a lancé Ibrahim Haroun, un vendeur âgé de 28 ans qui vit dans un quartier pauvre du Caire.

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