NOUVELLES
24/05/2012 08:44 EDT | Actualisé 24/07/2012 05:12 EDT

L'Egypte de nouveau aux urnes pour élire le successeur de Moubarak

Les Egyptiens ont repris jeudi le chemin des urnes pour élire un successeur au président déchu Hosni Moubarak, au deuxième jour d'un scrutin historique qui se joue entre des islamistes et des figures de l'ancien régime ayant axé leur campagne sur la "stabilité".

Comme la veille, des électeurs ont commencé à faire la queue devant les bureaux de vote avant l'ouverture à 08H00 locales (06H00 GMT) dans une ambiance bon enfant. Les résultats du premier tour, qui s'achève jeudi soir, doivent être annoncés en principe le 27 mai.

Si aucun candidat ne remporte la majorité absolue, un second tour est prévu les 16 et 17 juin.

Dans certains bureaux de vote du Caire, des centaines de personnes attendaient de mettre leur bulletin dans l'urne, mais d'autres étaient presque vides.

"Nous allons voter sans savoir qui va gagner", s'est réjouie Noha Hamdi, 27 ans. "Je n'avais jamais voté avant parce que le gagnant était toujours connu d'avance. Cette fois je sens que mon vote (...) fera une différence".

Les autorités ont donné une journée de congé aux fonctionnaires pour qu'ils puissent voter et le gouvernement a appelé les citoyens à remplir "leur devoir national en cette étape historique (...) afin que la voix du peuple soit entendue".

Le ministre de l'Intérieur Mohammed Ibrahim a indiqué n'avoir relevé que des "contraventions mineures" qui n'ont pas perturbé le déroulement du vote.

Plus de 50 millions d'électeurs sont appelés à choisir entre 12 candidats: islamistes, laïcs, de gauche ou libéraux, partisans de la "révolution" ou anciens responsables du régime Moubarak.

Les principaux prétendants sont le candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi, l'islamiste indépendant Abdel Moneim Aboul Foutouh, le dernier Premier ministre de M. Moubarak Ahmad Chafiq, l'ex-ministre des Affaires étrangères et ancien patron de la Ligue arabe Amr Moussa et le nationaliste arabe Hamdeen Sabbahi.

L'élection, saluée par les Etats-Unis comme "une étape très importante", doit mettre fin à une période de transition tumultueuse et émaillée de violences meurtrières.

L'armée au pouvoir depuis la chute de Hosni Moubarak est devenue la cible de la colère des militants pro-démocratie l'accusant d'avoir continué la politique de répression de l'ancien régime.

La presse égyptienne a salué le scrutin comme "libre et historique", se réjouissant que la première journée se soit déroulée dans le calme et la "joie" malgré les incertitudes pesant sur le pays.

"Que les Egyptiens fassent la queue pour choisir un président de la République et que personne ne soit d'accord sur le nom du futur président, cela veut dire que quelque chose a changé", a estimé le quotidien indépendant Al-Chourouq.

Mercredi, la participation, moyenne pendant la journée, avait nettement augmenté à la tombée du jour avec la baisse de la température. La commission électorale n'a pas donné d'estimation mais le gouvernement a affirmé dans un communiqué que les bureaux de vote avaient "connu une grande affluence".

Après des décennies de scrutins joués d'avance, c'est la première fois que les Egyptiens choisissent librement leur chef d'Etat.

L'issue du vote est cruciale pour l'orientation que prendra le pays le plus peuplé du monde arabe, avec quelque 82 millions d'habitants, partagé entre la tentation islamiste et celle d'une normalisation incarnée paradoxalement par des personnalités de l'ère Moubarak.

Les pouvoirs du futur président restent imprécis, la Constitution en vigueur sous M. Moubarak ayant été suspendue et la rédaction de la future loi fondamentale étant au point mort.

Il devra faire face à une situation économique préoccupante, combinant les inégalités sociales extrêmes héritées de l'ancien régime et le fort ralentissement de l'activité, notamment dans le secteur touristique, depuis la révolte de janvier/février 2011.

Le Conseil militaire au pouvoir s'est engagé à remettre le pouvoir à un nouveau président avant la fin juin.

De nombreux analystes estiment toutefois que l'armée, épine dorsale du système depuis la chute de la monarchie en 1952 et qui détient un patrimoine économique considérable, restera un acteur important de la vie politique.

Pendant que les Egyptiens votent, M. Moubarak, qui a gouverné pendant presque 30 ans, est hospitalisé près du Caire. Jugé pour la mort de manifestants durant la révolte contre son régime et accusé de corruption, M. Moubarak, 84 ans, sera fixé sur son sort le 2 juin. Le Parquet a requis la peine de mort.

bur-iba/ezz/sbh

PLUS:afp