Grève étudiante: Jean Charest rappelle Dan Gagnier pour diriger son cabinet

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JEAN CHAREST LOI 78
AFP

QUÉBEC - Après Line Beauchamp, le conflit étudiant fait une deuxième victime dans l'entourage du premier ministre Jean Charest: son directeur de cabinet, Luc Bastien.

Il sera remplacé dès lundi prochain par un de ses anciens directeurs de cabinet, Daniel Gagnier, qui a accepté de reprendre du service. Son premier mandat sera clair: régler la crise étudiante.

Selon ce qu'a appris La Presse Canadienne, M. Gagnier est d'ailleurs déjà très actif dans le dossier depuis plusieurs semaines. M. Charest l'a appelé à la rescousse pour l'aider à dénouer l'impasse avec les étudiants, qui perdure depuis près de quatre mois sans issue en vue.

Spécialiste de gestion de crise, M. Gagnier a agi à titre de conseiller bénévole dans ce dossier, à la demande du premier ministre. Et comme il a déjà consacré de nombreuses heures à l'analyser sous tous ses angles, il sera en mesure de prendre la relève très rapidement.

Selon ce qu'on a appris, il a reçu le mandat de reprendre les négociations avec les leaders étudiants, en vue de régler la crise au plus tôt, avant la saison touristique sur le point de commencer à Montréal.

Depuis le départ de Stéphane Bertrand, en 2007, c'est donc la quatrième fois en cinq ans que M. Charest change de bras droit.

M. Gagnier a dirigé le cabinet de M. Charest de 2007 à 2009, en bonne partie à l'époque où le gouvernement libéral était minoritaire, donc dans une position fragile. Il a joué un rôle stratégique pour aider le premier ministre à obtenir un mandat majoritaire, lors du scrutin de décembre 2008.

Il est parti peu après la victoire des libéraux. A l'automne 2009, il avait été remplacé brièvement par Marc Croteau, jusqu'à ce que Luc Bastien prenne la relève en février 2011.

Chez les libéraux, M. Gagnier, très respecté et perçu comme un élément de stabilité, a laissé le souvenir de jours meilleurs que ceux vécus depuis le début du conflit avec les étudiants.

Au bureau du premier ministre, cependant, on s'évertuait jeudi à nier toute relation entre le retour de M. Gagnier et la crise étudiante.

«Ça n'a absolument rien à voir avec le conflit. M. Bastien avait clairement indiqué au moment d'entrer en poste qu'il serait là pour une période limitée. Il a tout simplement décidé de passer le flambeau. Tout cela s'est fait en bons termes», a soutenu Hugo D'Amours, attaché de presse de M. Charest.

Que le changement de garde s'exerce à ce moment-ci, alors que le gouvernement semble en plein désarroi face à la révolte populaire est purement fortuit, selon M. D'Amours.

Le départ de M. Bastien était «convenu», a d'ailleurs fait valoir le premier ministre lorsqu'interpellé par les reporters après la période de questions à l'Assemblée nationale.

Agé de 65 ans, M. Gagnier a longtemps été associé à l'entreprise Alcan, où il a été notamment vice-président principal. Dans les années 90, il a occupé diverses fonctions au sein des gouvernements du Canada, de l'Ontario et de la Saskatchewan. Il a aussi été président du conseil d'administration des Manufacturiers et Exportateurs du Canada. Il est président du conseil de l'Institut international du développement durable (IIDD), et membre de divers conseils d'administration.

Quant à lui, M. Bastien, qui a été directeur de cabinet d'Yvon Marcoux et Sam Hamad avant d'être remarqué par le premier ministre, il a fait ses adieux au caucus libéral jeudi matin, quittant ses fonctions après seulement 15 mois.

Il n'est pas le premier, dans la garde rapprochée de M. Charest, à tourner la page.

De guerre lasse, l'ex-ministre de l'Éducation et vice-première ministre, Line Beauchamp, annonçait la semaine dernière qu'elle quittait la vie politique, estimant qu'elle ne pouvait plus dénouer la crise avec les leaders étudiants. Elle a été remplacée par Michelle Courchesne.

Pour l'opposition péquiste, le départ de M. Bastien démontre que quelque chose ne tourne pas rond au sein du gouvernement Charest, manifestement au bout du rouleau.

La gestion «catastrophique» de la crise étudiante depuis trois mois n'est pas étrangère à cette nouvelle désertion, a soutenu le leader parlementaire adjoint de l'opposition péquiste, Bertrand St-Arnaud.

«Ça sent la fin de régime. La démission de Line Beauchamp, les tiraillements au sein du caucus sur la loi spéciale et maintenant le départ du chef de cabinet en sont les signes typiques. On quitte le navire», a-t-il dit.

De son côté, le député indépendant de Nicolet-Yamaska, Jean-Martin Aussant, estime que le rappel de M. Gagnier révèle a quel point le gouvernement est impuissant à résoudre la crise.

«Si le gouvernement appelle en renfort des gens qui n'étaient pas là avant, c'est qu'il se sent désarmé et ne sait pas comment régler la crise. C'est un mauvais signe de la part d'un chef de gouvernement», a-t-il dit.

Pour sa part, le député indépendant de Borduas, Pierre Curzi, a dit espérer que le premier ministre n'utilisera pas les talents de M. Gagnier pour tenter de sauver la face de son gouvernement aux dépens des étudiants.

«M. Gagnier a la réputation d'être un fin stratège puis d'un homme très intelligent. Mais si sa venue a pour but d'argumenter des astuces, je pense qu'on est rendu ailleurs», a-t-il fait valoir.

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