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Croissance en berne et inégalités, le défi économique du président égyptien

24/05/2012 04:36 EDT | Actualisé 23/07/2012 05:12 EDT

Le président égyptien issu du scrutin qui s'est ouvert mercredi devra faire face à un défi économique majeur, la croissance et les investissements étant en berne depuis la chute de Hosni Moubarak qui a laissé un pays en proie à des inégalités sociales criantes.

"La situation économique pour le président sera très difficile, nous sommes dans une période de ralentissement économique", déclare à l'AFP Mahmoud Abdel Fadil, professeur d'économie à l'université du Caire.

Après une augmentation de 5,1% en 2010, le PIB a progressé de seulement 1,8% en 2011. Et selon les projections du Fonds monétaire international (FMI), la croissance sera encore plus faible cette année, avec une hausse de 1,5%, avant +3,3% en 2013.

Le taux de chômage a pour sa part grimpé aux alentours de 12% -et même 24% parmi les jeunes- contre 9% autrefois, selon les chiffres officiels.

Selon M. Fadil, "le grand défi du président sera d'attirer les investisseurs étrangers et de relancer le tourisme" afin de "rééquilibrer la balance des paiements" et de "rétablir les réserves" en devises de la Banque centrale, qui ont fondu de moitié en un an.

Pour assurer la reprise, "il faut rétablir la stabilité politique et assurer un niveau de sécurité total. Il faut redonner confiance", souligne M. Fadil.

La seule façon de stimuler l'économie est "de mener des réformes politiques et d'assurer la sécurité, c'est la priorité numéro un, avant même les réformes économiques", renchérit Ahmed Gamal, directeur général de l'Economic Research Forum.

Pilier de l'économie, le tourisme, qui emploie 10% de la population, a vu ses revenus chuter de 30% en 2011, selon les chiffres officiels, les images des violences durant la révolte de janvier-février 2011 et des heurts épisodiques meurtriers pendant la période de transition ayant effrayé les touristes.

Si ce secteur reprend peu à peu des couleurs autour de la mer Rouge et au Sinaï, il reste néanmoins à la peine au Caire et en Haute-Egypte.

Côté réserves, une petite amélioration s'est dessinée en avril, selon M. Fadil, qui estime que le protocole d'accord signé le 10 mai avec l'Arabie saoudite, prévoyant le dépôt par Ryad de 1 milliard de dollars auprès de la Banque centrale égyptienne, est de bon augure.

Dans ce pays le plus peuplé du monde arabe, où 40% de la population vit avec deux dollars ou moins par jour, le défi sera de générer "une croissance créatrice d'emplois" avec "une plus grande égalité parmi les Egyptiens", souligne M. Gamal.

Si l'ancien régime pouvait se vanter ces dernières années de bons résultats économiques, la croissance s'est faite au "profit d'une classe d'affaires ultra-riche", laissant de côté les masses d'ouvriers, employés ou paysans et de chômeurs, explique-t-il.

Mi-mai, le FMI, avec qui Le Caire discute d'un programme économique qui accompagnerait un prêt de quelque 3,2 milliards de dollars, a ainsi appelé l'Egypte à "voir au-delà du court terme et à s'attaquer aux problèmes qui sont à l'origine de la révolution".

Mais l'équation devra se faire sans creuser dangereusement le déficit budgétaire, qui s'est établi en 2011 à 9,8% du PIB, selon le FMI.

Parmi les pistes possibles pour une plus grande justice sociale: une hausse du salaire minimum horaire, une augmentation de la taxation des revenus les plus élevés ou encore une remise à plat du système de subventions à l'énergie et aux produits de base, selon M. Gamal.

Ce dispositif, qui permet de garder des prix très bas pour l'essence et le pain notamment, est "inefficace, coûteux et échoue à aider de façon adéquate les plus pauvres", souligne l'économiste.

Ce dernier plaide pour une suppression progressive des subventions à l'énergie --car le système encourage une consommation non-économe-- et une réorganisation de celles aux produits de base, en passant d'une "subvention aux produits" à "une subvention aux personnes" dans le besoin.

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