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Un célèbre roman de Jack Kerouac prend vie au cinéma, 55 ans plus tard

23/05/2012 11:32 EDT | Actualisé 23/07/2012 05:12 EDT

CANNES, France - «Les seuls gens qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bailler ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, brûlent, brûlent, pareils aux fabuleux feux jaunes des chandelles romaines explosant comme des poêles à frire à travers les étoiles et, au milieu, on voit éclater le bleu du pétard central, et chacun fait: 'Aaaah!'»

Comment parler de Jack Kerouac sans le citer? Comment adapter son oeuvre sur grand écran sans la trahir? Comment raconter l'histoire d'un précurseur et celle de son roman, devenu le manifeste de toute la «Beat Generation»? Pendant longtemps, l'idée n'a même pas effleuré Walter Salles, jusqu'au Festival de Sundance, en 2004, lorsqu'il a été approché par Zoetrope Studios, juste après la projection de son film «Carnets de voyage».

Huit ans plus tard, c'est au Festival de Cannes que le réalisateur brésilien présentait mercredi «On the Road («Sur la Route»), adaptation cinématographique de l'une des plus grandes oeuvres de la littérature américaine, signée par Jack Kerouac

Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise (Sam Riley), apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty (Garrett Hedlund), jeune ex-taulard au charme ravageur, et sa sensuelle épouse, Marylou (Kristen Stewart), une jeune fille libérée de 16 ans.

Entre Sal et Dean, l'entente est immédiate et fusionnelle. Dean fait partie de ces êtres qui jouissent de tout en un instant, ceux qui vivent sans hésitation ni regret, ceux qui «brûlent» et entraînent les autres sur leur route. Sal, lui, est un suiveur, un intellectuel qui, depuis sa petite chambre dans l'appartement de sa mère, rêve d'écriture et de voyages...

Fasciné par l'incendiaire Dean et par le couple sauvage qu'il forme avec Marylou, Sal décide de les suivre dans leur périple, loin de la bourgeoisie aisée et des cercles littéraires blasés new-yorkais, loin de cette Amérique étouffée par les conventions sociales. À leur côté, il fait l'expérience des nuits sans sommeil, entre alcool, drogues, sexe, orgie et homosexualité, le tout rythmé par le jazz, les notes de Charlie Parker et Dizzie Gillespie.

Commence alors une longue odyssée, une errance sans argent à travers les États-Unis, de New York à San Francisco, en passant par Denver et La Nouvelle-Orléans, jusqu'au Mexique: une vie de hippie avant l'heure, comme un défi lancé à l'Amérique conformiste et bien-pensante. Cette vie, il la couchera sur papier, sur des carnets, sur des papiers usagés, ou en tapotant sur sa machine à écrire. Une écriture immédiate, une prose spontanée, inspirée par le jazz et ses rythmes frénétiques

Dès les années 1970, Hollywood a été fasciné par «On the Road». Depuis des décennies, le livre et sa transposition sur grand écran hantaient Francis Ford Coppola, propriétaire des droits. Le projet aurait été proposé à Jean-Luc Godard, sans suite, puis des années plus tard à Gus Van Sant, avant de finir entre les mains de Walter Salles et des studios MK2. Au terme de huit années de travail, le réalisateur de «Gare centrale» et de «Carnets de voyage» a réussi à faire un superbe «road movie», transformé par moments en «book movie», tant il respecte les mots et le style de Kerouac.

Porté par une mise en scène lumineuse, marqué par une poésie verbale et visuelle, «Sur la route» reste fidèle à Kerouac et rend hommage à l'oeuvre de l'écrivain. Mais le trait de génie de Walter Salles réside dans sa distribution, véritable pilier du film.

Pour donner corps à l'un des trios les plus mythiques de la littérature américaine, le cinéaste a choisi deux quasi-inconnus, Sam Riley et Garrett Hedlund, et une vedette de «Twilight», Kristen Stewart. Brillants acteurs, les deux jeunes garçons incarnent à merveille cette génération de précurseurs beatniks, tandis que Kristen Stewart se révèle dans ce rôle à contre-emploi, libre et charnel, laissant définitivement derrière elle son image de vierge effarouchée de «Twilight».

À leurs côtés, on retrouve des acteurs magnifiques: Viggo Mortensen, Kirsten Dunst, Tom Sturridge , Alice Braga, Amy Adams et Elisabeth Moss. Grâce à eux et grâce au travail méticuleux de Walter Salles, «On the Road» sur grand écran reste toujours une traversée, une exploration, une quête initiatique, de celles qu'on entreprend quand on a vingt ans, de celles qu'on n'oublie jamais, une histoire d'amours éphémères et d'amitié sauvage, noyée dans les vapeurs d'alcool, les senteurs de marijuana et les «trips» à la benzédrine.

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