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"Sur la Route": le "book movie" de la "Beat Generation", signé Walter Salles et Jack Kerouac

23/05/2012 12:19 EDT | Actualisé 23/07/2012 05:12 EDT

"Les seuls gens qui existent pour moi sont les déments, ceux qui ont la démence de vivre, la démence de discourir, la démence d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bailler ni sortir un lieu commun mais qui brûlent, brûlent, brûlent, pareils aux fabuleux feux jaunes des chandelles romaines explosant comme des poêles à frire à travers les étoiles et, au milieu, on voit éclater le bleu du pétard central, et chacun fait: 'Aaaah!'"

Comment parler de Jack Kerouac sans le citer? Comment adapter son oeuvre sur grand écran sans la trahir? Comment raconter l'histoire d'un précurseur et celle de son roman, devenu le manifeste de toute la "Beat Generation"? Pendant longtemps, l'idée n'a même pas effleuré Walter Salles, jusqu'au Festival de Sundance, en 2004, lorsqu'il a été approché par Zoetrope Studios, juste après la projection de son film "Carnets de voyage".

Huit ans plus tard, c'est au Festival de Cannes que le réalisateur brésilien présentait mercredi "Sur la Route" (sorti le même jour dans les salles en France), adaptation cinématographique de l'une des plus grandes oeuvres de la littérature américaine, signée par le "Jazz Poet", le "King of the Beats", Jack Kerouac

Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise (Sam Riley), apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty (Garrett Hedlund), jeune ex-taulard au charme ravageur, et sa sensuelle épouse, Marylou (Kristen Stewart), une jeune fille libérée de 16 ans.

Entre Sal et Dean, l'entente est immédiate et fusionnelle. Dean fait partie de ces êtres qui jouissent de tout en un instant, ceux qui vivent sans hésitation ni regret, ceux qui "brûlent" et entraînent les autres sur leur route. Sal, lui, est un suiveur, un intellectuel qui, depuis sa petite chambre dans l'appartement de sa mère, rêve d'écriture et de voyages...

Fasciné par l'incendiaire Dean et par le couple sauvage qu'il forme avec Marylou, Sal décide de les suivre dans leur périple, loin de la bourgeoisie aisée et des cercles littéraires blasés new-yorkais, loin de cette Amérique étouffée par les conventions sociales. A leur côté, il fait l'expérience des nuit sans sommeil, entre alcool, drogues, sexe, orgie et homosexualité, le tout rythmé par le jazz, les notes de Charlie Parker et Dizzie Gillespie.

Commence alors une longue odyssée, une errance sans argent à travers les Etats-Unis, de New York à San Francisco, en passant par Denver et La Nouvelle Orléans, jusqu'au Mexique: une vie de hippie avant l'heure, comme un défi lancé à l'Amérique conformiste et bien-pensante. Cette vie, il la couchera sur papier, sur des carnets, sur des papiers usagés, ou en tapotant sur sa machine à écrire. Une écriture immédiate, une prose spontanée, inspirée par le jazz et ses rythmes frénétiques

Dès les années 1970, Hollywood a été fasciné par "Sur la route". Depuis des décennies, le livre et sa transposition sur grand écran hantaient Francis Ford Coppola, propriétaire des droits. Le projet aurait été proposé à Jean-Luc Godard, sans suite, puis des années plus tard à Gus Van Sant, avant de finir entre les mains de Walter Salles et des studios MK2. Au terme de huit années de travail, le réalisateur de "Central do Brasil" et de "Carnets de voyage" a réussi à faire un superbe "road movie", transformé par moments en "book movie", tant il respecte les mots et le style de Kerouac.

Porté par une mise en scène lumineuse, marqué par une poésie verbale et visuelle, "Sur la route" reste fidèle à Kerouac et rend hommage à l'oeuvre de l'écrivain. Mais le trait de génie de Walter Salles réside dans son choix de casting, véritable pilier du film.

Pour donner corps à l'un des trios les plus mythiques de la littérature américaine, le cinéaste a choisir deux quasi inconnus, Sam Riley ("Control") et Garrett Hedlund ("Tron", "Eragon") et une star de blockbuster pour adolescents pré-pubères, Kirsten Stewart. Brillants acteurs, les deux gens jeunes incarnent à merveille cette génération de précurseurs beatniks, tandis que Kirsten Stewart se révèle dans ce rôle à contre-emploi, libre et charnel, laissant définitivement derrière elle son image de vierge effarouchée de "Twilight".

A leurs côtés, on retrouve des acteurs magnifiques: Viggo Mortensen, Kirsten Dunst, Tom Sturridge ("Good morning England"), Alice Braga ("Blindness", "Je suis une légende"), Amy Adams ("Fighter") et Elisabeth Moss (la série "Mad Men"). Grâce à eux et grâce au travail méticuleux de Walter Salles, "Sur la Route" sur grand écran reste toujours une traversée, une exploration, une quête initiatique, de celles qu'on entreprend quand on a vingt ans, de celles qu'on n'oublie jamais, une histoire d'amours éphémères et d'amitié sauvage, noyée dans les vapeurs d'alcool, les senteurs de marijuana et les "trips" à la benzédrine. AP

xmed/sb

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