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Résolu: les syndiqués voient d'un mauvais oeil le rachat d'actions de 100 M $

23/05/2012 03:29 EDT | Actualisé 23/07/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Les syndiqués de Produits forestiers Résolu (TSX:ABH) digèrent mal la décision de l'entreprise de verser 100 millions $ à ses actionnaires par le biais d'un programme de rachat d'actions.

Au cours d'un entretien téléphonique, mercredi, Martin Lavoie, président de la section locale 375 du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP-FTQ), qui représente des employés de l'usine de Résolu à Baie-Comeau, a qualifié les dirigeants de l'entreprise d'«effrontés» pour avoir posé ce geste.

«Ça ne me surprend pas beaucoup, mais ça me déçoit quand même», a-t-il déclaré, voyant dans le rachat d'actions un «moyen détourné» d'«engraisser» les actionnaires.

Résolu a annoncé mardi soir son intention de racheter jusqu'à 10 pour cent de ses 98,9 millions d'actions pour un déboursé maximal de 100 millions $.

Les investisseurs ont bien réagi: l'action de l'entreprise a bondi de 11,6 pour cent mercredi pour clôturer à 11,96 $, à la Bourse de Toronto.

«Nous profitons de notre situation financière solide pour saisir une occasion attrayante de verser de l'argent aux actionnaires», a affirmé le grand patron de Résolu, Richard Garneau, par voie de communiqué.

«La société continuera de faire preuve d'une grande rigueur dans la gestion de son capital, tout en prenant soin d'équilibrer les initiatives visant à verser de l'argent aux actionnaires et d'autres impératifs, dont celui de privilégier des dépenses en immobilisations judicieuses et des occasions permettant d'accroître davantage la capacité de Résolu à dégager un bénéfice», a-t-il ajouté.

Investissements

M. Lavoie a rappelé qu'avant que la compagnie ne se place sous la protection des tribunaux contre les créanciers, en avril 2009, celle-ci s'était engagée à investir jusqu'à 100 millions $ dans l'usine de Baie-Comeau.

Or, cet investissement n'a jamais eu lieu. Résolu, anciennement connue sous le nom d'AbitibiBowater, a au contraire fermé l'une des machines de l'usine l'an dernier. En fait, quelque 200 syndiqués de Baie-Comeau ont perdu leur emploi au cours des deux dernières années, a indiqué Martin Lavoie.

Pierre Choquette, porte-parole de Résolu, a expliqué mercredi que les priorités de l'entreprise avaient changé avec la restructuration judiciaire, puis avec l'arrivée d'une nouvelle équipe de hauts dirigeants, l'année dernière.

«Pour faire fermer le clapet au monde, ils promettent des montants d'argent et quand vient le temps de respecter leurs engagements, eh bien ils se poussent en disant qu'ils n'ont pas d'argent», a déploré M. Lavoie.

Il convient de noter que dans le cadre de cette restructuration judiciaire, Résolu avait signé en septembre 2010 une entente avec Québec qui lui interdisait notamment de verser un dividende à ses actionnaires avant que ses régimes de retraite ne soient en bonne partie renfloués. Le texte est toutefois muet sur les rachats d'actions.

L'accord oblige en outre Résolu à effectuer au Québec au moins 60 pour cent de ses «investissements en matière de maintenance et de création de valeur». De plus, l'entreprise s'est engagée à réaliser au Québec des «projets stratégiques» d'une valeur minimale de 75 millions $ sur cinq ans.

M. Choquette a assuré que Résolu respectait les termes de l'entente, sans toutefois pouvoir donner les détails des investissements effectués au Québec depuis l'automne 2010.

«La décision de procéder au rachat d'actions est une décision d'affaires qui appartient à l'entreprise et qui n'est pas en contradiction avec l'entente de 2010», a indiqué Jean-Pierre D'Auteuil, porte-parole du ministère du Développement économique, dans un courriel.

M. D'Auteuil a précisé que le gouvernement a demandé à Résolu de lui remettre un «rapport faisant état des résultats et des actions réalisées et à être réalisées par l'entreprise en vue de respecter ses engagements». Résolu aurait promis de produire le document «à brève échéance».

«Le gouvernement devra s'assurer de ne pas se faire passer de sapin par Résolu», a lancé Martin Lavoie.

Depuis la restructuration de Résolu, qui a tout fait perdre à ses actionnaires, l'entreprise a renoué avec la rentabilité. Sa dette totale est passée de près de 6 milliards $ US à moins d'un milliard de dollars US.

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