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Suite du procès Breivik: une victime raconte le sacrifice de son ami

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BREIVIK
Dans le box des accusés, Anders Breivik (ici le 16 mai) a démenti avoir éructé de joie lors de la tuerie. | AFP

Il n'était pas besoin d'en rajouter sur le froid méthodique dont a fait preuve Anders Behring Breivik lors de sa folie meurtrière sur l'île d'Utoya, le 22 juillet 2011.

Mercredi, les témoins du massacre se sont succédé à la barre. Rescapée de la tuerie dans laquelle 69 personnes ont péri ce jour-là, Andrine Johansen, 17 ans, a raconté avec des mots poignants comment son ami s'est sacrifié pour lui sauver la vie. Un témoignage qui rappelle celui d'Adrian Pracon.

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"Il a pris les balles qui m'étaient destinées", a-t-elle déclaré. Pensant avoir trouvé "la cachette parfaite" dans un cabanon situé sur la rive, Andrine Johansen assiste, impuissante, à l'assassinat méthodique de plusieurs de ses camarades. Elle-même échappe de peu à la mort.

Touchée d'une balle à la poitrine, elle se retrouve dans les eaux glaciale du lac qui entoure l'île, au large de la capitale norvégienne: "J'allais suffoquer dans mon propre sang quand je l'ai vu exécuter tous mes amis", a-t-elle témoigné.

Elle assiste ainsi à l'exécution de 14 des 69 victimes par Breivik, déguisé en policier pour tromper la vigilance des jeunes travaillistes norvégiens, réunis en université d'été. Provoquant des sanglots dans le prétoire, Andrine a détaillé comment l'extrémiste de droite a approché son arme à 10 cm de la tête d'un camarade et tiré.

Après s'être assuré que tous les jeunes près du cabanon étaient morts, le tueur s'est tourné vers elle en souriant, et a levé son arme. Les balles fusent sans l'atteindre.

"Alors qu'il allait tirer le coup suivant, Henrik Rasmussen s'est jeté et s'est sacrifié pour moi. Il a pris les balles qui m'étaient destinées", a-t-elle déclaré, provoquant de nouvelles larmes dans l'audience. "J'étais sûre de mourir moi-même", a précisé l'adolescente, décrivant les corps autour d'elle, la tête gisant dans l'eau. "Je me demandais si j'étais une mauvaise personne qui n'avait pas le droit au paradis", a-t-elle ajouté.

Dans l'eau, la jeune fille fait la morte. Elle dit avoir pensé à son enterrement, et songé à inscrire sur son t-shirt la couleur du cercueil dans lequel elle voulait être inhumée.

Cris de joie

La jeune fille a continué son témoignage en décrivant un Breivik éructant des "hou-hou" et de "ha-ha" de joie à la suite de son carnage.

Elle est finalement évacuée par bateau. Aujourd'hui largement rétablie physiquement, elle souffre encore psychologiquement. Elle dit refuser de manger des aliments rouges, qui lui rappellent la tragédie.

Dans son box, le tueur dément avoir éructé de joie. Son enjeu: être reconnu sain d'esprit pour ne pas voir son message idéologique invalidée par un diagnostique des psychiatres.

L'accusé plaide non-coupable mais reconnaît les faits, estimant qu'il s'agit de "cibles légitimes" qui font, selon lui, le lit de l'islam et du multiculturalisme en Norvège. Il a tué 69 personnes sur l'île et huit autres, en faisant exploser une bombe dans le centre d'Oslo.

Plusieurs autres survivants d'Utoya se sont succédé à la barre. Face à une victime qui le traite d'"idiot", l'intéressé affiche un large sourire.

"J'ai le sentiment que c'est une sorte de victoire. Nous avons payé le prix pour la démocratie et nous avons gagné", a déclaré une jeune fille, âgée de 14 ans quand le tueur lui a tiré dessus à quatre reprises. Elle aussi a cru mourir sur Utoya : "J'ai vu des films où des personnes mouraient d'une balle. Alors, avec quatre, j'ai pensé que c'était impossible de survivre".

S'il est reconnu pénalement irresponsable, Breivik risque l'internement psychiatrique à vie. Responsable, il encourrait 21 ans de prison, une peine qui pourrait être prolongée aussi longtemps qu'il serait jugé dangereux. Verdict en juillet.