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Le procès de l'ancien juge Delisle entend le témoignage de l'ex-secrétaire

23/05/2012 03:25 EDT | Actualisé 23/07/2012 05:12 EDT

QUÉBEC - La secrétaire du juge retraité Jacques Delisle avait décidé de refaire sa vie avec son patron, il y a près de deux ans, quelques jours à peine avant qu'il soit arrêté pour le meurtre de sa femme.

Johanne Plamondon a raconté devant la Cour supérieure, mercredi, qu'elle avait annoncé à son mari son intention de le quitter, en juin 2010. Un ou deux jours plus tard, le 15 juin, M. Delisle a été arrêté.

«Je ne suis jamais partie», a-t-elle dit aux jurés qui entendent le procès de M. Delisle.

L'ancien magistrat de la Cour d'appel, âgé de 77 ans, est accusé du meurtre prémédité de son épouse, Nicole Rainville. Mme Rainville, lourdement handicapée à la suite d'un accident vasculaire cérébral (AVC) et d'une fracture de la hanche, a été retrouvée morte une balle dans la tête, le 12 novembre 2009.

Selon la thèse de la Couronne, qui a convoqué Mme Plamondon à la barre des témoins, M. Delisle a tué son épouse parce qu'il souhaitait refaire sa vie avec son ancienne collaboratrice.

Durant son témoignage, Mme Plamondon a déclaré qu'après le décès de Mme Rainville, M. Delisle lui a présenté les faits comme un suicide. Il l'avait aussi prévenue que leurs contacts s'espaceraient en raison d'une enquête de la police.

«Il m'a dit de ne pas m'inquiéter, qu'il serait quelque temps sans donner de nouvelles parce qu'il y aurait une enquête», a-t-elle relaté.

Mme Plamondon, âgée de 57 ans, a commencé à travailler comme secrétaire juridique de M. Delisle en 1983, lorsqu'il a été nommé à la Cour supérieure. Elle l'a suivi quand il a accédé à la Cour d'appel en 1992.

Pendant toutes ces années de collaboration, sa relation était bonne avec M. Delisle, qu'elle considérait comme un ami. Ce n'est que quelques mois avant l'AVC de Mme Rainville, en avril 2007, que leurs sentiments ont évolué.

«Je l'aimais, a-t-elle dit. (...) Je pense que lui-aussi il m'aimait.»

Jusqu'au départ à la retraite de M. Delisle, en avril 2009, ils se voyaient surtout au travail. Mais Mme Plamondon prenait parfois des après-midi de congé pour être avec lui. Une situation qu'ignorait son mari tout comme, selon elle, Mme Rainville.

Mme Plamondon a déclaré que, contre toute attente, la relation amoureuse s'est poursuivie une fois que M. Delisle a quitté ses fonctions.

«Je n'ai jamais essayé de voir plus loin, a-t-elle dit. On laissait les choses aller. Je pensais que ça se terminerait.»

Pendant ce temps, la santé de Mme Rainville a continué de se détériorer, jusqu'à l'été 2009, où elle s'est fracturé la hanche à la suite d'une chute. Ce qui a forcé son hospitalisation jusqu'à la fin octobre, soit moins de deux semaines avant qu'elle soit retrouvée morte dans son appartement.

Durant cette période, M. Delisle a alors proposé pour la première fois à son ancienne secrétaire de faire éventuellement vie commune. Il avait confié à Mme Plamondon qu'il cherchait une place en résidence adaptée pour son épouse, qui est finalement retournée au domicile conjugal.

«Il semblerait que ça n'a pas donné de résultats parce que je n'en ai pas réentendu parler», a-t-elle dit.

Le matin du 13 novembre 2009, le lendemain du décès de Mme Rainville, qui était âgée de 71 ans, M. Delisle est allé avec sa voiture prendre Mme Plamondon sur le chemin du travail, sans avertir, comme il en avait l'habitude.

«Après m'être assise (dans la voiture), j'ai vu que ça n'allait pas, a-t-elle dit. Il était tout pâle et bouleversé.»

Dans les mois qui ont suivi, M. Delisle s'est fait plus pressant pour que Mme Plamondon décide si elle souhaitait venir vivre avec lui. Mais Mme Plamondon a souffert d'une dépression, ce qui l'a empêché de faire un choix plus tôt.

«C'était une mauvaise période, j'étais très perturbée dans ma vie privée, en plus de ce que je vivais ailleurs», a-t-elle dit.

Vers le 13 ou 14 juin, sans tout lui révéler de leur relation, Mme Plamondon a annoncé à son mari qu'elle partait et que M. Delisle était prêt à l'accueillir chez lui.

En contre-interrogatoire, l'avocat de M. Delisle, Jacques Larochelle, a fait admettre à Mme Plamondon que M. Delisle a toujours laissé entendre qu'il respecterait sa décision, même si elle décidait de demeurer avec son mari.

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