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Grève au Canadien Pacifique: Ottawa est prêt à imposer le retour au travail

23/05/2012 09:55 EDT | Actualisé 23/07/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Le temps presse pour les travailleurs du Canadien Pacifique (TSX:CP), alors qu'Ottawa menace d'imposer une loi spéciale si la grève se prolonge trop longtemps à son goût. Pendant ce temps, la pression s'accentue avec la mise à pied temporaire par l'entreprise de 2000 autres syndiqués qui ne sont pas en grève.

La ministre du Travail, Lisa Raitt, a annoncé mercredi qu'une loi était prête pour forcer le retour au travail des quelque 4500 mécaniciens de locomotive, conducteurs et autres employés actuellement en grève.

Mme Raitt n'a pas voulu fixer de date butoir au-delà de laquelle elle imposerait cette loi. Elle a cependant laissé entendre que cela pourrait survenir dès lundi, quand les travaux de la Chambre des communes reprendront.

Le CP a de son côté signalé que les services de 2000 syndiqués qui ne sont pas touchés par la grève n'étaient plus requis pendant la durée du conflit.

«C'est dommage, mais il y a d'autres employés qui sont affectés parce qu'ils sont dans des rôles dont on n'a pas besoin à ce temps-ci (durant la grève)», a expliqué une porte-parole du CP, Breanne Feigel, en entrevue.

À cela pourrait s'ajouter 1400 mises à pied temporaires supplémentaires, a-t-elle prévenu. Ce sont notamment les gens qui travaillent sur les infrastructures ainsi que dans les bureaux — et dont la compagnie n'a pas besoin lorsque les trains ne sont pas en marche — qui sont touchés par les licenciements.

Agir rapidement

Ces congédiements temporaires devraient prendre fin en même temps que la grève. Or, la ministre fédérale a justement signifié clairement qu'elle ne laisserait pas traîner les choses.

«Si nous le voulons, nous avons la capacité de présenter la législation à la première occasion lundi», a noté Mme Raitt en point de presse à Ottawa.

Le service des marchandises du Canadien Pacifique à travers le pays est en ce moment suspendu, mais les trains de passagers de plusieurs grandes villes qui utilisent le réseau du transporteur ferroviaire fonctionnent normalement malgré la grève. Les trains de banlieue des régions de Montréal, Vancouver et Toronto empruntant les infrastructures du CP continuent également d'effectuer leurs trajets comme d'habitude.

À long terme, la grève pourrait coûter pas moins de 500 millions $ par semaine à l'économie canadienne, a calculé la ministre. Car si Mme Raitt a admis que les employés avaient bien le droit de faire la grève, elle a ajouté que l'économie devait également être prise en compte dans l'équation.

«Une grève prolongée pourrait évidemment s'étendre hors du chemin de fer comme tel et affecter d'autres industries qui en dépendent, comme l'industrie de l'automobile, du charbon, de la potasse», a-t-elle noté.

Les travailleurs, représentés par la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada (CFTC), ont commencé à débrayer juste après minuit dans la nuit de mardi à mercredi, les deux parties n'ayant pu s'entendre sur une nouvelle convention collective malgré la poursuite des discussions jusqu'à la dernière minute.

Les principaux points de mésentente touchent les régimes de retraite, certaines règles de travail et la gestion de la fatigue, a précisé le vice-président des Teamsters, Doug Finnson.

«Les dirigeants du Canadien Pacifique doivent comprendre que ce n’est pas en se cachant derrière le gouvernement fédéral que les choses vont se régler», a écrit M. Finnson dans un communiqué. «Les enjeux qui sont sur la table sont sérieux et ils auraient tort de ne pas les régler. On parle de la santé et la sécurité des travailleurs et de leur retraite.»

Tant le syndicat que le porte-parole du CP, Ed Greenberg, ont souligné que les négociations se poursuivaient mercredi. L'intervention éventuelle de Mme Raitt n'est donc pas liée à une impasse dans les discussions. La ministre elle-même a d'ailleurs assuré que les deux parties étaient proches d'une entente. «Nous croyons qu'un accord à la table de négociations est le meilleur accord qui puisse arriver», a-t-elle dit.

Précédents d'intervention

Il n'est pas inhabituel pour le gouvernement de Stephen Harper d'intervenir lors d'un conflit de travail avec une loi spéciale en invoquant l'économie du pays. Il l'a fait récemment pour Air Canada et pour Postes Canada l'an dernier.

«C'est pratiquement un réflexe systématique des conservateurs de s'ingérer dans les négociations de conventions collectives», a déploré le porte-parole néo-démocrate en matière de travail, Alexandre Boulerice.

Selon lui, cette intervention de la ministre brise l'équilibre des forces entre les employés et la compagnie. «C'est une tentative de la part des conservateurs de donner un avantage à la partie patronale dans les derniers droits des négociations», a-t-il déploré.

Même son de cloche de la part des libéraux, qui affirment eux aussi que les conservateurs «ont établi de dangereux précédents en intervenant dans les affaires d'entreprises privées lorsque cela fait valoir leur position idéologique».

Selon M. Boulerice, les conservateurs ont sorti de leur chapeau le chiffre d'un demi-milliard de dollars en pertes hebdomadaires pour l'économie canadienne afin d'effrayer les gens. La ministre n'a pas précisé comment elle en était arrivée à une telle somme.

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