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Somalie: l'Amisom lance une offensive vers Afgoye, bastion shebab

22/05/2012 12:42 EDT | Actualisé 22/07/2012 05:12 EDT

La force de l'Union africaine en Somalie a lancé mardi une offensive vers Afgoye, zone stratégique abritant des centaines de milliers de déplacés somaliens à l'ouest de Mogadiscio et bastion des islamistes shebab que l'Amisom combat aux côtés des autorités somaliennes de transition.

"Tôt ce matin, la mission de l'Union africaine en Somalie (Amisom) et l'armée nationale somalienne ont lancé une opération soigneusement planifiée pour ramener la sécurité et la stabilité sur le couloir d'Afgoye, à l'ouest de Mogadiscio," a annoncé l'Amisom dans un communiqué. Les soldats "font de bons progrès," a-t-elle assuré dans la matinée.

"Les militants d'Al-Qaïda qui restaient (...) ont vidé leurs bases dans la zone", a renchéri Mohamed Osmail, un responsable de l'armée somalienne. "L'armée a coupé une route-clé en périphérie de Deynile, que l'ennemi utilisait pour organiser des attaques et transporter des combattants pour mettre à mal la sécurité de la ville (Mogadiscio)."

Deynile, en banlieue de la capitale somalienne, ouvre sur le couloir d'Afgoye, qui abrite la communauté de déplacés la plus importante au monde. En début d'année, quelque 410.000 personnes, victimes de la récente sécheresse et de combats incessants dans leur pays, s'y trouvaient encore, selon l'ONU.

"La protection des déplacés somaliens est notre priorité," a déclaré mardi Kilian Kleinschmidt, coordinateur humanitaire adjoint des Nations unies en Somalie.

"L'Amisom prend toutes les précautions nécessaires pour éviter que des civils ne soient blessés -- nous ne nous battrons que quand nous serons attaqués par les shebab," a assuré dans le communiqué de la force de l'Union africaine le commandant Andrew Gutti.

Ces derniers mois, des milliers de civils avaient fui Deynile pour Mogadiscio, dans la perspective de cet assaut progouvernemental. De nombreux shebab s'étaient retirés dans la zone après avoir été chassés de la capitale par l'Amisom et l'armée somalienne en août 2011.

Cheikh Fouad Mohamed Shangole, un important chef des shebab, mouvement récemment intégré à Al-Qaïda, a confirmé mardi les combats et appelé la population à se battre contre les forces gouvernementales.

"L'ennemi veut détruire la religion de Allah en attaquant les combattants moudjahidin, soyez sûrs que l'armée de Allah gagnera et que l'ennemi perdra dans la bataille," a-t-il dit sur la radio pro-shebab Andalus, appelant "la communauté musulmane à s'unir pour défendre sa religion et son pays contre l'ennemi."

Plus tard dans l'après-midi, les shebab ont affirmé sur Twitter avoir "repoussé avec succès" l'attaque. "La bataille fait toujours rage mais est tout de même moins acharnée," ont-ils ajouté.

Selon des témoins, les échanges de tir d'artillerie et de mitrailleuses ont éclaté mardi un peu avant l'aube.

"Plusieurs salves de tirs d'artillerie ont frappé la zone du km13 et les quelques familles qui étaient encore là ont commencé à fuir ce matin, la guerre semble avancer vers le couloir d'Afgoye", a raconté l'un d'eux, Muhidiin Adan.

"J'ai vu deux tanks appartenant à l'Amisom dans les rues, près de la piste d'atterrissage de Deynile (...) Ils veulent couper les sources d'approvisionnement des shebab," a renchéri un autre témoin, Hassan Abdi.

Après leur retrait de la capitale l'été dernier, les insurgés ont continué à y mener des attaques de type guérilla et les forces progouvernementales tentent depuis plusieurs mois d'étendre leur contrôle sur les abords de la ville.

Les rebelles shebab contrôlent encore de grandes partis du centre et du sud de la Somalie. Mais ils y sont de plus en plus affaiblis, pris dans l'étau d'une offensive militaire régionale depuis l'intervention, fin 2011, des armées kényane et éthiopienne dans la région. Ils chercheraient désormais à ouvrir un nouveau front plus au nord, vers la région autoproclamée autonome du Puntland.

La Somalie est rongée par plus de 20 ans de guerre civile, sans gouvernement effectif depuis la chute du président Siad Barre en 1991.

Les actuelles autorités de transition, soutenues à bout de bras par la communauté internationale et qui ont, comme les précédentes, échoué à restaurer une autorité centrale, ont jusqu'en août pour se dissoudre et mettre en place leur succession.

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