NOUVELLES

Procès à Paris: le capitaine peine à identifier les pirates somaliens présumés

22/05/2012 03:15 EDT | Actualisé 22/07/2012 05:12 EDT

Cinq des six Somaliens accusés d'avoir pris en otage en avril 2008 l'équipage français du voilier Le Ponant ont clamé leur innocence mardi au premier jour de leur procès à Paris, tandis que le capitaine du voilier peinait à les identifier.

Seulement trois d'entre eux avaient été reconnus pendant l'enquête par le commandant Patrick Marchesseau, 45 ans, portant son uniforme bleu marine de capitaine, première partie civile à témoigner devant la cour d'assises de Paris.

Après avoir dit qu'il maintenait ses déclarations, il a admis qu'il ne pouvait plus aujourd'hui identifier qu'un seul des accusés dans le box. "Il s'est passé quatre ans", a-t-il dit. "Ils sont un peu plus bouffis qu'à l'époque", "le Somalien qui vit en Somalie n'a pas du tout le même aspect que celui qui a passé quatre ans en prison en France".

Les autres avaient été reconnus sur photographie pendant l'enquête par certains membres d'équipage.

M. Marchesseau, qui navigue toujours, a évoqué la douzaine d'hommes "menaçants, en furie, avec des armes, très excités", qui avaient pris d'assaut le voilier.

Il a aussi raconté que le médecin de bord avait été touché à la cuisse par des tirs de kalachnikov partis "accidentellement". "Cela montre le côté amateurisme des gardes. On l'a échappé belle".

Patrick Marchesseau a souhaité que les actes de piraterie au large de la Somalie "ne restent pas impunis". "J'y suis passé encore en février dernier, tous les marins de commerce craignent les pirates là-bas, il faut que ça cesse".

Agés de 25 à 50 ans, les personnes jugées se sont présentés comme pêcheurs, chauffeur de taxi ou comptable dans une société de pêche.

Poursuivis pour enlèvement et séquestration ainsi que vol en bande organisée, ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Leurs avocats assurent qu'il n'existe pas de preuve matérielle les impliquant.

Un seul, Ismaël Ali Samatar, reconnaît avoir participé à l'abordage du luxueux trois-mâts de 88 mètres de long, le 4 avril 2008 à l'entrée du golfe d'Aden, et à la surveillance des 30 membres d'équipages jusqu'à leur libération contre une rançon de 2,15 millions de dollars. Il a dit avoir reçu 37.000 dollars pour sa participation.

Quand il a été abordé, Le Ponant se rendait sans passagers des Seychelles au Yémen où il devait embarquer des clients pour une croisière. Les pirates avaient obligé l'équipage à mettre le cap sur la Somalie.

Les cinq autres accusés se sont tous dits innocents. "Je ne suis pas un pirate", a déclaré Abdullahi Youssouf Hersi, chauffeur de taxi. Il a expliqué que son véhicule étant en panne, il avait accepté pour 100 dollars de prendre le volant d'un 4X4.

Ce véhicule avait été intercepté le 11 avril par l'armée française qui avait pris en chasse les pirates ayant fui avec la rançon. A son bord se trouvait les six accusés, des armes et environ 200.000 dollars.

Pendant l'instruction, trois accusés avaient dit n'avoir jamais mis les pieds sur le bateau, tandis que deux admettaient être montés à bord mais seulement pour approvisionner les pirates.

L'un des accusés a fait un malaise en fin de journée mais a pu revenir à l'audience. Le procès doit durer jusqu'à la mi-juin.

Au total, 22 Somaliens sont détenus en France pour des prises d'otages. Fin 2011, cinq hommes avaient été condamnés à des peines de quatre à huit ans de prison pour la prise d'otage du Carré d'As, en septembre 2008, un sixième ayant été acquitté.

La route maritime au large de la Somalie est considérée comme la plus dangereuse du monde, avec environ 230 attaques de pirates l'an dernier.

L'UE, l'Otan et les Américains notamment luttent depuis 2008 contre la piraterie dans la région, pour tenter de protéger les navires la traversant.

paj/soh/thm/cpy

PLUS:afp