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Libertés: Chine et USA ont réglé l'affaire Chen mais sans changer la donne

22/05/2012 12:28 EDT | Actualisé 22/07/2012 05:12 EDT

La résolution en moins d'un mois du cas Chen Guangcheng, ce dissident aveugle qui s'était réfugié à l'ambassade des Etats-Unis à Pékin, peut faire espérer un assouplissement du régime chinois en matière de droits de l'homme, mais peu d'experts se risquent à y croire.

A son arrivée samedi à New York, Chen Guangcheng a salué le "calme et la retenue" des autorités chinoises, qui lui ont fourni un passeport ainsi qu'à sa famille, mettant fin à un imbroglio diplomatique que Pékin et Washington ont su gérer sans trop de casse.

A première vue, l'affaire avait tout pour provoquer la colère du régime chinois: fin avril, après une course poursuite dans les rues de Pékin, des responsables américains ont embarqué Chen Guangcheng dans un de leurs véhicules au nez et à la barbe des services secrets, puis l'ont caché dans leur ambassade pendant six jours.

Au lieu de dénoncer une entorse à sa souveraineté, la Chine (comme les Etats-Unis) a gardé le silence pendant cette période, assurant en privé aux Américains que la sécurité du militant à sa sortie serait garantie. M. Chen s'est ainsi décidé à quitter l'ambassade pour être hospitalisé, avant de recevoir samedi ses passeports et de quitter le pays.

Pékin a exigé des excuses des Etats-Unis pour avoir accueilli le défenseur des droits de l'homme, mais Washington s'est contenté de dire qu'un tel incident, "exceptionnel", ne se reproduirait pas.

La page semble donc tournée et la réaction du régime paraît très loin de celle qu'il avait adoptée en 2010 quand un autre dissident célèbre, Liu Xiaobo, avait obtenu le prix Nobel de la Paix: la Chine a engagé des représailles contre la Norvège et M. Liu est toujours en prison.

Sharon Hom, de l'association Human Rights in China, reconnaît que le règlement de la crise crée un précédent: Chen Guangcheng est parti avec un passeport, il a donc en théorie le droit de revenir en Chine, ce qui n'était pas le cas des autres exilés dont Pékin s'est débarrassé en les envoyant aux Etats-Unis à leur sortie de prison.

Pour autant, son avenir est incertain et des représailles se sont abattues sur sa famille et ceux qui l'ont aidé à s'échapper du domicile où il était placé de facto en résidence surveillée depuis un an et demi, après avoir dénoncé les abus du contrôle des naissances dans son pays.

Son départ "ne change rien aux violations des droits de l'homme et aux graves affaires de corruption mises en lumière par M. Chen et d'autres militants" en Chine, souligne Mme Hom.

Bonnie Glaser, analyste au Center for Strategic and International Studies, un institut de recherche de Washington, observe que les opposants chinois perdent de leur influence sur leurs compatriotes dès lors qu'ils ont quitté le pays.

"Je pense que ce compromis qui a abouti à son départ était la meilleure issue possible pour le pouvoir chinois", estime-t-elle, notant que le régime redoute tout ce qui pourrait mettre en péril sa stabilité à l'approche du changement décennal à la tête du Parti communiste chinois à l'automne.

En adoptant un profil bas, Pékin a permis que la visite en Chine de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, au moment où Chen Guangcheng sortait de l'ambassade, se déroule bien.

Sophie Richardson, de l'association Human Rights Watch, relève que la saga Chen Guangcheng a tenu en haleine bon nombre d'internautes chinois en leur montrant jusqu'où il était possible de défier le régime.

"J'ai du mal à imaginer que les gens qui ont vu ce feuilleton se dérouler sous leurs yeux ne vont pas d'une certaine façon se sentir pousser des ailes", espère-t-elle, même si elle ne s'attend pas à voir des hordes de dissidents frapper à la porte des ambassades à Pékin.

sct/bar/sam

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