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Les "carrés rouges" font front contre la "loi matraque" à Montréal

22/05/2012 05:08 EDT | Actualisé 22/07/2012 05:12 EDT

"Contre la loi matraque" et contre le Premier ministre du Québec Jean Charest, une foule bigarrée, bruyante et festive de dizaines de milliers d'étudiants et de leurs partisans de tous âges a envahi mardi le centre de Montréal.

"On est ici non seulement pour dénoncer la hausse des droits de scolarité, mais aussi la loi matraque", lance une étudiante de l'Université du Québec, Chloé Domingue-Bouchard, première à s'emparer du micro devant la foule rassemblée dans le Quartier des spectacles, pour évoquer la loi spéciale adoptée vendredi et qui limite la liberté de manifester.

"Aujourd'hui, nous sommes tous des étudiants et des étudiantes", ajoute la militante de "La Classe", le plus radical des syndicats étudiants qui refuse la loi en question et appelle à la désobéissance civile.

Les marcheurs et les marcheuses arborent presque tous des carrés de tissu rouge. Certaines jeunes filles ont dessiné au rouge à lèvres ce symbole du mouvement sur leurs joues, voire sur leurs cuisses, la température estivale encourageant shorts et mini-jupes.

Des groupes de tambours-danseurs, eux aussi vêtus de rouge, animent la manifestation, ponctuée par des sons de cornes de brume. D'autres lèvent au dessus de leur tête des animaux en peluche décorés de rouge.

Quelques marcheurs se distinguent par un carré noir, indiquant qu'ils sont là pour s'opposer en priorité à la loi spéciale, explique à l'AFP un musicien, Vincent Girard. "C'est le noir de la honte", dit-il.

D'autres, de blanc vêtus, pacifistes et se revendiquant d'un WhiteBlock (par opposition au BlackBlock, anarchiste et violent), se déclarent prêts à s'interposer entre manifestants et forces anti-émeute. Mais tant "noirs" que "blancs" sont noyés dans la marée "rouge".

Où l'on remarque aussi bon nombre de personnes âgées. "Je suis contre la hausse (des frais de scolarité), j'ai toujours été pour la gratuité", déclare une enseignante à la retraite, Nicole Lépine. "Charest est un sourd-muet, têtu comme un Irlandais", ajoute son mari, lui aussi ex-prof, Gaétan Duquette.

Interrogés sur l'avenir de leur mouvement, les jeunes font preuve de réalisme. "Je ne pense pas qu'on gagne sur toute la ligne, mais plusieurs sujets méritent d'être débattus", observe Maryse Aubert, étudiante en musique de l'Université Laval à Québec.

Les pancartes font assaut d'originalité. "Vous pensez que l'éducation coûte cher au contribuable, essayez l'ignorance", dit l'une. "Charest, là, ça va faire (cela suffit), aucune loi ne fera taire notre colère", ajoute une autre.

Plusieurs portent non seulement sur la loi spéciale, mais aussi sur les accusations de corruption touchant les milieux politiques.

"Charest, dur avec les étudiants, mou avec la corruption", peut-on lire. Le nom du Premier ministre est hué à chaque fois qu'il est cité par les orateurs successifs, dont certains le taxent de "tyran".

D'autres écriteaux prennent un ton plus poétique. "Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce", indique la banderole d'une jeune fille, tandis que d'autres clament "Nous ne reculerons pas".

La police, qui ne s'est manifestée au début de la manifestation que pour gérer le trafic automobile, n'a pas réagi immédiatement lorsque plusieurs groupes de marcheurs se sont écartés de l'itinéraire annoncé et accepté par les autorités. Or, la loi spéciale permet de déclarer aussitôt une telle manifestation illégale et autorise la police à utiliser les moyens nécessaires pour la disperser.

via/jl/bar

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