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Le Yémen craint pour son avenir après l'attentat qui a tué 96 soldats lundi

22/05/2012 06:19 EDT | Actualisé 22/07/2012 05:12 EDT

SANAA, Yémen - Le Yémen a souligné dans la douleur la journée de l'unification du pays, mardi, au lendemain d'un attentat-suicide qui a tué près de 100 soldats et ébranlé la confiance des Yéménites envers l'avenir de leur pays.

Des mois de manifestations populaires au Yémen ont forcé la démission du président Ali Abdallah Saleh plus tôt cette année, alimentant l'espoir que le pays le plus pauvre du monde arabe puisse enfin amorcer son développement politique et économique. Mais l'attentat de lundi, survenu lors de la répétition d'un défilé militaire dans la capitale, montre à quel point les défis sont grands pour le Yémen.

«Pas de fête, pas de révolution et pas d'État. Rien. Tout est fini», a dit Assiya Thabit, une enseignante rencontrée sur la place du Changement de Sanaa, le coeur du soulèvement contre le régime Saleh. «Nous suivons les pas de la Somalie et de l'Afghanistan.»

Profondément choqués par l'attentat qui a laissé des scènes de carnage dans la capitale, certains Yéménites ont blâmé l'ex-président Saleh et pensent que ses fidèles ont un rôle à jouer dans les violences.

«Saleh a détruit tout ce qu'il y avait dans notre âme et notre esprit», a déclaré Ahmed Rakin, un manifestant âgé de 25 ans. «Ce qui s'est produit est le prix que la nation paie pour avoir délogé Saleh du pouvoir.»

Le président Abed Rabbo Mansour Hadi est engagé dans une lutte de pouvoir en coulisse avec le clan Saleh depuis qu'il a pris les commandes du pays en février, dans le cadre d'un accord de sortie de crise appuyé par les États-Unis. Mardi, il a mené un défilé symbolique à l'académie d'aviation de Sanaa, dans le cadre de la journée nationale qui marque la réunification du nord et du sud du Yémen en 1990.

Assis derrière une vitre pare-balles, M. Hadi était accompagné par de hauts responsables militaires, des responsables gouvernementaux et des diplomates.

Le défilé devait initialement se dérouler sur une place centrale de la capitale, mais après l'attentat de lundi, son envergure a été considérablement réduite et il a été déplacé à l'académie d'aviation par mesure de sécurité.

L'attentat a été perpétré par un soldat qui a déclenché la bombe qu'il portait dans son uniforme lors d'une répétition du défilé. Quatre-vingt-seize soldats ont été tués et au moins 200 autres ont été blessés. Il s'agit de l'un des pires attentats à survenir dans la capitale yéménite depuis plusieurs années.

Selon les autorités militaires, le soldat qui a fait exploser sa bombe appartenait à la Sécurité centrale, une force paramilitaire commandée par le neveu de l'ex-président, Yahia Saleh.

La filiale d'Al-Qaïda au Yémen a revendiqué la responsabilité de l'attentat. Dans une déclaration envoyée par courriel, le groupe affirme que l'attaque visait à venger l'offensive militaire contre Al-Qaïda dans le sud du pays.

S'adressant à la foule mardi, le chef d'état-major de l'armée yéménite, le major-général Ahmed Ali al-Ashwal, a promis que le pays ne plierait pas face à de telles attaques.

«Nous ne laisserons pas le terrorisme détruire notre avenir et nos rêves», a-t-il dit.

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