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Le président ivoirien limoge son ministre de l'Intégration africaine

22/05/2012 01:31 EDT | Actualisé 22/07/2012 05:12 EDT

Le président ivoirien Alassane Ouattara a limogé mardi le ministre de l'Intégration africaine Adama Bictogo, par ailleurs membre de la médiation ouest-africaine dans la crise au Mali, une démission qui serait liée à l'affaire des déchets toxiques déversés à Abidjan en 2006.

Par un décret signé de M. Ouattara, "il est mis fin aux fonctions de ministre de l'Intégration africaine de M. Adama Bictogo", indique la présidence dans un communiqué.

Le ministre des Affaires étrangères, Daniel Kablan Duncan, "exerce à titre intérimaire" ces fonctions, ajoute le texte.

Figure du Rassemblement des républicains (RDR), le parti présidentiel, homme d'affaires prospère, personnalité controversée et flamboyante, M. Bictogo était très impliqué ces dernières semaines dans la médiation de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) - actuellement présidée par la Côte d'Ivoire - sur la crise au Mali.

C'est la première fois que M. Ouattara, au pouvoir depuis avril 2011 après quatre mois d'une crise postélectorale ayant fait quelque 3.000 morts, se sépare de l'un de ses ministres.

Selon une source proche du dossier, ce limogeage est lié à l'affaire des déchets toxiques, dans laquelle le nom de M. Bictogo a été cité.

"Il est venu ce matin, il a donné sa démission et le président l'a acceptée", a indiqué à l'AFP cette source, selon laquelle l'ex-ministre souhaite "pouvoir lui-même se défendre dans cette affaire" qui défraie la chronique depuis des années.

Dans un article publié cette semaine, l'hebdomadaire Jeune Afrique affirme que, selon un rapport d'enquête de la police économique et financière ivoirienne, Adama Bictogo est l'une des trois personnalités ivoiriennes "soupçonnées d'avoir détourné une partie des indemnités qui auraient dû être payées aux victimes de la pollution causée par le déversement de déchets toxiques à Abidjan, en août 2006".

Le dossier, impliquant aussi Claude Gohourou, qui avait créé une association de victimes, et Cheick Oumar Koné, président du club de football ivoirien Africa Sports, "a été déposé sur le bureau du procureur d'Abidjan, qui a saisi un juge d'instruction depuis février", a-t-on appris de source proche du dossier.

Le rapport préconise que les trois hommes soient poursuivis pour "faux, usage de faux, détournement de fonds, recel et complicité", affirme le journal.

Quelque 4,65 milliards de FCFA (plus de 7 millions d'euros), sur les indemnités versées par la multinationale Trafigura, affréteur du navire, auraient été détournés, selon la même source.

Le cabinet d'avocats britannique Leigh Day&Co, chargé de défendre les victimes, avait affirmé en octobre 2011 que cette somme, destinée à indemniser 6.000 victimes, avait été détournée.

Le déversement de résidus toxiques du cargo Probo Koala à Abidjan en août 2006 avait causé la mort de 17 personnes et des milliers d'intoxications, selon la justice ivoirienne. Trafigura a toujours nié qu'il ait provoqué décès et maladies graves.

M. Ouattara avait fait de la "bonne gouvernance" un de ses thèmes de campagne et, une fois président, a fait signer une "charte d'éthique" à ses ministres. Il a plusieurs fois assuré qu'il démettrait les membres de son gouvernement qui seraient impliqués dans des affaires de corruption.

Cependant, dans les milieux économiques et diplomatiques, beaucoup se disent, en privé, sidérés par le niveau de corruption qui serait atteint dans certaines sphères de pouvoir, y voyant une grave menace sur le redécollage économique du pays.

"Les pratiques anciennes demeurent", indiquait récemment à l'AFP une source gouvernementale.

"On a demandé plusieurs fois au président de la République de faire un exemple" en sanctionnant un ministre, a souligné mardi une source diplomatique occidentale en poste à Abidjan.

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