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Des milliers de Montréalais dans la rue pour la liberté de manifester

22/05/2012 06:42 EDT | Actualisé 22/07/2012 05:12 EDT

Plusieurs dizaines de milliers de Montréalais sont descendus mardi dans la rue pour protester contre la récente "loi matraque" ayant réduit le droit de manifester, dans la foulée du conflit sur les droits de scolarité.

La manifestation, organisée au centième jour du différend entre les étudiants grévistes et le gouvernement du Premier ministre Jean Charest, s'est déroulée pacifiquement, voire dans une ambiance festive, en dépit de quelques incidents lors desquels trois vitrines de magasins ont été brisées à coups de projectiles.

Le groupe séparé d'où étaient parties les pierres et qui n'a pas respecté l'itinéraire remis aux autorités, a été déclaré illégal et invité à se disperser, mais la police a indiqué n'avoir opéré aucune arrestation.

Pendant ce temps, les autres manifestants ont rejoint un parc où ils ont écouté des discours condamnant la hausse des droits de scolarité et la loi spéciale et appelant à l'union des étudiants avec le monde du travail.

Puis, la pluie ayant succédé au soleil, ils ont commencé à se disperser. Mais une autre manifestation devait avoir lieu dans la soirée.

La loi spéciale votée vendredi dernier oblige les organisateurs de manifestations de plus de 50 personnes à soumettre à la police, au moins huit heures à l'avance, l'itinéraire du cortège, sous peine de lourdes amendes pour les contrevenants.

"La loi 78 n'empêche pas les manifestations, elle est là pour les encadrer", a déclaré le ministre québécois de la Sécurité publique, Robert Dutil. "En France, il faut un permis 20 jours à l'avance, à Londres un avis six jours à l'avance, à Genève 30 jours à l'avance", a commenté devant la presse M. Dutil.

Un sondage publié mardi par le quotidien Le Journal de Montréal montre que si 51% de la population sont d'accord avec la hausse des droits de scolarité, 53% estiment en revanche que la loi d'exception "est beaucoup trop sévère" et 73% qu'elle ne contribuera pas au rétablissement de la paix sociale. La majorité appelle à une reprise du dialogue entre le gouvernement et les étudiants.

Des syndicats et des organisations ont annoncé leur intention de contester devant les tribunaux cette loi, qui doit rester en vigueur jusqu'au 1er juillet 2013, mais cette procédure pourrait prendre plusieurs années avant d'aboutir.

La Classe a été plus directe: elle a non seulement appelé à désobéir à la loi mais a également invité les objecteurs à se porter volontaires pour des interpellations sur le site "arretezmoiquelquun.com". Quelque 3.300 personnes, photos à l'appui, avaient donné leur nom mardi, 24 heures après le lancement de cette initiative.

Le gouvernement a laissé entendre mardi, par la voix de sa ministre de l'Education Michelle Courchesne, que "portes restaient toujours ouvertes" à la négociation avec les étudiants, alors que le conflit semblait dans l'impasse.

Mais Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la Classe, le syndicat étudiant le plus radical, a dit n'avoir reçu aucun message du gouvernement.

Il a indiqué cependant que si elle était invitée à de nouveaux pourparlers, son organisation y participerait, même si "en ce moment le lien de confiance n'est pas dans son meilleur état".

"On va y aller, je ne vous dirais pas avec le sourire aux lèvres, mais on va y aller", a-t-il affirmé.

Des manifestations en soutien aux étudiants québécois étaient prévues aussi mardi à New York et à Paris. Ces derniers ont également reçu le soutien de plusieurs personnalités, dont le réalisateur américain Michael Moore.

jl/via/lor

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