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Grève étudiante: le Comité international olympique juge la crise regrettable, Jean Charest minimise

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JACQUES ROGGE
AP

QUÉBEC - Le Comité international olympique (CIO) juge regrettables les perturbations sociales qui secouent le Québec.

Les manifestations violentes, les affrontements avec les forces de l'ordre montrés en boucle à la télévision jour après jour et l'adoption d'une loi d'exception pour étouffer la contestation n'échappent pas aux médias étrangers. Les événements ont des échos jusqu'au coeur du mouvement olympique mondial.

De passage à Québec pour un dîner-conférence réunissant plus de 4000 convives entassés au Centre de foires, le président du CIO, Jacques Rogge, s'est exprimé sur les tensions qui agitent le Québec depuis le début du conflit entre le gouvernement et les associations étudiantes.

«Je suis au courant», a répondu M. Rogge du tac au tac, quand un reporter lui a demandé s'il était au fait de la révolte étudiante au Québec.

«Tout trouble social est toujours quelque chose que tout le monde regrette», a fait valoir le grand patron du CIO, choisissant chacun de ses mots.

Tête d'affiche d'un dîner visant à amasser des fonds pour les athlètes canadiens _ l'activité a permis de recueillir 800 000 $ _ M. Rogge a employé le langage du diplomate. Il a soigneusement évité de dire que les troubles actuels risquaient de nuire aux chances du Québec de décrocher la présentation d'événements sportifs internationaux, au premier chef les Jeux olympiques.

«Il ne faut pas mélanger (la crise étudiante) avec l'aspect sportif», a-t-il laissé tomber.

Dans son allocution d'une quinzaine de minutes, le président du CIO n'a pas fait allusion aux événements qui mobilisent la presse locale depuis plus de trois mois. Il a plutôt vanté la tradition canadienne en matière de sport amateur, faisant remarquer que le Canada est membre du G6, ce groupe sélect d'une demi-douzaine de nations qui ont accueilli les jeux olympiques à trois reprises (Montréal 1976, Calgary 1988 et Vancouver 2010).

Présent aux côtés d'autres invités de marque comme l'ancien président du CIO Juan Antonio Samaranch, l'astronaute Julie Payette et le patron du Cirque du soleil, Guy Laliberté, le premier ministre Jean Charest a pour sa part tenté de minimiser l'impact de la crise étudiante sur l'image du Québec à l'étranger.

«Ce n'est pas idéal mais en même temps, les gens sont capables de faire la part des choses, surtout dans un contexte comme celui d'aujourd'hui (mardi) où nous recevons des gens qui voyagent partout sur la planète et font la part des choses», a-t-il estimé.

Mais la question étudiante a vite rattrapé le premier ministre, même en territoire hautement protégé.

Alors que le président du Comité olympique canadien (COC), Marcel Aubut, s'avançait sur la tribune, un individu tiré à quatre épingles s'est faufilé discrètement sur le devant de la scène et a lancé: «Pensons à notre jeunesse québécoise qui se fait gazer et matraquer!»

L'intervention a pris tout le monde par surprise. Une fois son message passé, l'homme a aussitôt quitté les lieux côté jardin. Le service de sécurité n'a apparemment pas eu à intervenir.

Du reste, l'incident n'a pas semblé troubler M. Aubut, l'organisateur de ce grand dîner à quelque 350 $ le couvert, qui éprouvait une joie intense à la fin du copieux repas de homard et de boeuf.

«Ne me demandez pas si j'étais content; je n'étais pas content, sauf que je me suis dit qu'on avait été épargné avec tout ce qui se passe présentement au Québec d'avoir seulement ça comme anicroche. Et puis, il était en tuxedo, il était mieux habillé que tous nous autres, alors ce n'était pas si pire que ça», a-t-il dit à la blague.

Avec la réussite de la conférence de M. Rogge, peu importe ce qui se passe dans les rues de Montréal, le pays a marqué de précieux points pour la présentation de grands événements sportifs, a soutenu M. Aubut.

«À mon avis, on vient de passer du niveau 3 au niveau 9 de l'échelle sur 10 au niveau de la considération pour n'importe quel projet qu'on pourrait avoir pour les championnats du monde ou les grands événements sportifs. Je suis à côté du pape du sport amateur, je sais ce qu'il pense, j'entends ses confidences et laissez moi vous dire qu'on est en voiture», a-t-il dit.

Même la ville de Québec, en dépit d'une montagne de taille insuffisante pour la descente masculine de ski alpin, peut se permettre de rêver aux jeux olympiques d'hiver «dans les années 2000», a déclaré le patron du COC, manifestement prudent sur l'échéancier.

«Toutes les déficiences d'une candidature olympique se négocient quand on décide de se lancer. Il n'y a aucune place dans le monde qui peut être parfaite pour toutes les disciplines d'hiver», a-t-il fait remarquer.

Mais Québec risque de ne pas être seule dans la course puisque Toronto lorgne les jeux d'été. Le COC choisira la ville «qui a le plus de chance de gagner», a indiqué M. Aubut.

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