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Place Tahrir au Caire, entre manifestants irréductibles et riverains lassés

21/05/2012 06:19 EDT | Actualisé 21/07/2012 05:12 EDT

A la veille de la présidentielle, la première depuis la chute de Hosni Moubarak, quelques irréductibles campent toujours sur la place Tahrir au Caire, épicentre de la révolte de 2011, au grand dam de certains habitants et commerçants qui souhaiteraient un retour à la normale.

Au sud de cet immense rond-point, autour duquel se presse une cohue de voitures dans un concert de klaxons, une poignée de tentes se dresse au pied de la Mogamma, un colossal bâtiment administratif.

"La révolution n'est pas terminée. Nous avons coupé la tête de l'ancien système, mais il reste toujours les bras, les jambes...", martèle Ashraf El-Tayeb, au nom du groupe de "campeurs".

Sur le terre-plein central, où la pelouse a laissé place au sable depuis la révolte, quelques tentes faites de bric et de broc résistent elles aussi.

Barbe et cheveux blancs, Magdy Eskandr, 64 ans, réclame justice pour son fils, tué selon lui par un policier le 28 janvier 2011, au plus fort de la révolte anti-Moubarak, alors que les autorités affirment qu'il est mort lors d'une rixe.

"Je souhaite la liberté et le respect des droits de l'Homme pour tous les Egyptiens", affirme le vieux chrétien copte, qui a placardé sur son abri de fortune l'affiche du candidat nationaliste arabe Hamdeen Sabbahi.

A une dizaine de mètres, un islamiste a fait de sa tente un hymne à la gloire de Hazem Abou Ismail, un fondamentaliste salafiste dont la candidature à la présidentielle a été invalidée.

A côté d'autres abris, amoncellements pour la plupart de couvertures et de bâches plastique, certains tentent de gagner quelques pièces en vendant des verres de thé brûlant.

"Ces gens doivent partir", s'exaspère Akram Ibrahim, dont la petite échoppe de gâteaux et sucreries pâtit de la baisse de la fréquentation de la place par les touristes étrangers mais aussi les Egyptiens ordinaires.

"Certains ont peur", dit ce jeune homme de 29 ans, "fier de ce qui s'est passé en Egypte" il y a un an, mais qui espère désormais qu'après la présidentielle, les autorités feront partir ces campeurs et nettoieront la place.

Dans une rue adjacente où peintures et pochoirs inspirés de l'égyptologie et de la révolution ont recouvert les murs, Tamer Fahmy, un ingénieur de 27 ans, estime lui aussi que "manifester à Tahrir n'est plus la solution".

"Les gens devraient travailler", plaide-t-il, en soulignant que "la prochaine étape sera très difficile pour l'Egypte" qui aura besoin "de temps pour changer le système" Moubarak.

Tout autour de la place, des vendeurs de cigarettes, souvenirs ou T-shirts à l'image de Bob l'Eponge occupent les trottoirs, aux côtés de quelques cireurs de chaussures.

Drapeaux égyptiens ont également bonne place, de même que, présidentielle oblige, badges et portes-clés aux couleurs de partis ou à l'effigie de candidats.

En tête des ventes, "bonnes" selon un vendeur, le porte-clé arborant le drapeau de la révolution et celui des Frères musulmans.

Depuis la petite agence de voyages où il est employé, Ali Amine a une vue directe sur l'activité grouillante de Tahrir, lieu qui selon lui "a tout changé" dans le destin de l'Egypte.

Son agence, occupée pendant la révolte par des révolutionnaires qui "contrôlaient de là ce qui se passait sur la place et suivaient les chaînes de télévision internationales", souffre elle aussi du manque de touristes étrangers.

"Alors qu'avant la révolution, j'enregistrais une centaine de réservations de touristes occidentaux pour une saison (trois mois), pour l'instant je n'en ai fait que cinq", dit-il.

Pour autant, nulle amertume. Ali Amine, 30 ans, rêve qu'au milieu du rond-point soit érigée une pyramide à étages, recouverte de verdure, avec à chaque niveau des références à la révolution du 25 janvier.

cco/cr/ezz

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