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Mali: Dioncounda Traoré, un politique à la présidence agitée

21/05/2012 02:25 EDT | Actualisé 21/07/2012 05:12 EDT

Mathématicien de formation, syndicaliste puis ministre, Dioncounda Traoré, 70 ans, blessé lundi par des manifestants hostiles à son pouvoir, a eu une présidence agitée depuis son investiture en avril comme chef de l'Etat par intérim du Mali, un pays "en guerre" selon lui.

"J'ai conscience d'être président d'un pays en guerre", avait lancé ce vétéran de la politique malienne lors de sa prestation de serment le 12 avril à Bamako, lors de laquelle il a surpris par sa fermeté à l'égard des rebelles touareg et groupes islamistes armés qui contrôlent le Nord, en les menaçant d'une "guerre totale".

Né le 23 février 1942 à Kati, près de Bamako, marié et père de sept enfants, il était président de l'Assemblée nationale depuis 2007 et rien ne le prédisposait à se retrouver à la tête d'un pays en pleine tourmente.

"Je suis un mathématicien, j'ai été syndicaliste et je le demeure dans l'âme", avait-il déclaré le 8 avril à l'AFP, quelques heures après la démission du président déchu Amadou Toumani Touré (ATT), qui ouvrait la voie à son investiture.

Il se définit comme "politique mais pas politicien". "Pour un politicien, la fin justifie les moyens, pas pour le politique", assure cet homme élégant, à la barbe fine et aux discrètes lunettes, qui dit se battre pour les "valeurs" de solidarité et de justice.

Il préside depuis onze ans l'Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adéma-PASJ). L'Adéma a lutté avec d'autres mouvements contre le régime de Moussa Traoré, renversé en 1991 après près de 23 ans de pouvoir sans partage et plusieurs jours d'une insurrection réprimée dans le sang.

Selon un de ses collaborateurs, "il est très attaché au consensus" et "c'est un homme du peuple". Pour un député qui n'est "pas toujours" d'accord avec lui, "il a le côté pragmatique des scientifiques".

Il a été formé au Mali, en Algérie et en France, avant de rentrer dans son pays en 1978, devenant enseignant et se faisant arrêter plusieurs fois pour ses activités syndicales.

A partir de 1992, il entame une carrière de ministre: Fonction publique et Travail (1992-1993), Défense (1993-1994), Affaires étrangères (1994-1997).

En 1997, il est élu député. Dix ans plus tard, il prend la tête d'une coalition de partis soutenant la candidature à la présidentielle d'ATT, qui sera réélu et s'apprêtait à quitter le pouvoir dans quelques semaines, avant que des putschistes ne le renversent le 22 mars.

Dioncounda Traoré était candidat de l'Adéma-PASJ à la présidentielle prévue le 29 avril mais le coup d'Etat met un coup d'arrêt au processus politique et accélère la chute du Nord aux mains de groupes armés.

Il était absent du pays pendant ces jours de troubles, ce qui a lui a valu la défaveur de certains Maliens, notamment de jeunes, qui ne lui pardonnent pas d'avoir gardé le silence quand "le pays brûlait", selon l'un d'eux.

Lundi, les jeunes étaient également très nombreux parmi les manifestants descendus dans la rue pour exprimer leur hostilité à sa désignation comme chef de la transition pour une durée d'un an à compter de mardi, terme des 40 jours d'intérim prévus par la Constitution.

Cette question en particulier a été à l'origine d'un blocage politique au Mali. Les putschistes, qui lui ont théoriquement cédé le pouvoir mais ne sont réellement jamais écartés de la scène politique et ne lui ont pas laissé les coudées franches, ont finalement accepté dimanche son maintien à la tête du pays.

"J'ai accepté d'assumer ma part de responsabilité et ma mission constitutionnelle avec humilité et détermination, pour autant que je puisse constituer une solution pour les graves questions auxquelles le peuple malien doit trouver des réponses", a-t-il écrit dans un message à la Nation à l'occasion de la Fête du Travail 2012.

"En aucun cas, je ne serai, ni n'accepterai d'être un problème pour ce pays" et "je dis très clairement que si tel est le souhait partagé, je ne resterai pas une seconde de plus que les 40 jours de l'intérim", a-t-il ajouté.

Avec les manifestations de lundi au Mali, dans son entourage, on n'excluait pas une démission au terme de l'intérim, mardi. "Cela ne me surprendrait pas, comme il l'a dit, il ne veut pas être un problème pour le Mali", selon un de ses collaborateurs.

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