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Les jeunes "révolutionnaires" égyptiens en rang dispersé

21/05/2012 03:58 EDT | Actualisé 20/07/2012 05:12 EDT

Ils étaient descendus par centaines de milliers dans la rue, unis dans un but: renverser Hosni Moubarak. A la veille de la première présidentielle après sa chute, les jeunes "révolutionnaires" égyptiens sont divisés sur les moyens de faire avancer leurs idées.

Beaucoup se disent épuisés par le bras de fer continu avec "les restes" de l'ancien régime et déçus de voir leur révolte "confisquée" par l'armée et les islamistes. Mais en aucun cas ils ne regrettent de s'être soulevés, malgré les violences qui ont ponctué la période de transition et coûté la vie à des dizaines de personnes.

Quinze mois après la chute du chef de l'Etat, et même si la majorité d'entre eux se disent prêts à reprendre le chemin de la rue, les jeunes restent néanmoins éparpillés, sans leader pour les représenter.

Esraa Abdel Fattah, 33 ans, avait créé en 2008 la page Facebook "6 avril" en soutien à une grève lancée par des ouvriers et pour réclamer des réformes. La page, devenue un mouvement, avait contribué à lancer le soulèvement.

La jeune femme, dont le nom a circulé pour le prix Nobel de la paix 2011, explique à l'AFP n'être qu'un "membre d'honneur" des Jeunes du 6-Avril, mais elle "assiste à leurs évènements et les soutient" parallèlement à son travail de chargée de projet.

"Bien sûr, il y a des divisions et cela nous affaiblit. Mais c'est la période (de transition) qui veut ça", dit-elle, en se disant "optimiste même si une partie de l'ancien régime est toujours là". "Avec le nouveau président, nous commencerons la vraie période de transition. Et le peuple égyptien veille".

Ces dernières semaines, le débat s'est cristallisé autour de la présidentielle: faut-il y participer? Si oui, quel candidat soutenir?

Esraa a choisi d'appeler à voter pour Hamdeen Sabbahi, un nationaliste arabe. Waël Ghonim, dont l'Egypte a découvert pendant la révolte qu'il était le créateur de la page Facebook "Nous sommes tous Khaled Saïd", cruciale dans l'appel au soulèvement, a jeté son dévolu sur l'islamiste modéré Abdel Moneim Aboul Foutouh.

D'autres, comme Mohamed Waked, militant socialiste de longue date, préfèrent boycotter le scrutin. "Je sais que nous sommes une minorité et que les gens ne boycotteront pas, mais il s'agit de dénoncer la honte que sont ces élections", dit-il à l'AFP.

Le débat est aussi âpre sur la stratégie à adopter face à l'armée et à la question de poursuivre ou non les manifestations à quelques semaines de la remise prévue du pouvoir à un président civil.

"En tant que révolutionnaire laïque, vous ne devriez jamais aller à une manifestation ou un sit-in initié par des islamistes, surtout si les buts sont vagues, parce que comme toujours, ils vont commencer et une fois l'endroit rempli par vos gens, ils vont se retirer et vous laisser face aux troubles et aux arrestations", a écrit le blogueur Mahmoud Salem, alias "Sandmonkey", en réaction à des violences meurtrières début mai, après une manifestation initiée par des islamistes.

"Peut-être (...) avez-vous besoin d'une nouvelle stratégie? Peut-être (faut-il) arrêter les sit-in une fois pour toutes, puisqu'ils ne sont plus utiles et ne sont qu'un piège?", a-t-il ajouté.

Une position catégoriquement rejetée par Mohamed Waked, qui juge nécessaire de rester "solidaire de tout manifestant pacifique hostile à l'armée".

"Leur division les affaiblit et leur fait perdre une partie du poids politique qu'ils pourraient avoir sur la présidentielle. Mais elle n'entamera pas le poids des révolutionnaires" sur le long terme, estime Ezzedine Choukri-Fishere, enseignant en sciences politiques à l'Université américaine du Caire (AUC).

Les jeunes "ont changé la manière de faire la politique et repoussé les limites de ce qui est accepté (...) en imposant l'idée qu'il n'y a plus de tabous", ajoute-t-il.

"Je compare la révolution en Egypte à mai 68 en France. Les étudiants ne sont pas obligés de prendre le pouvoir, ils ont changé les mentalités. Les figures (de la révolution) peuvent s'essouffler, les millions de jeunes Egyptiens qui sont à la base du mouvement restent", conclut-il.

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