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"La Pirogue", poignant film sénégalais sur l'émigration, applaudi à Cannes

21/05/2012 06:15 EDT | Actualisé 10/02/2013 05:14 EST

Seul film de l'Afrique sub-saharienne en sélection, "La Pirogue", du Sénégalais Moussa Touré, a été vivement applaudi à Cannes, en présence de plusieurs de ses comédiens et de son ami Youssou Ndour, le célèbre musicien devenu récemment ministre de la Culture de son pays.

Huis clos cauchemardesque sur une pirogue, dans laquelle une trentaine d'hommes espèrent atteindre les côtes espagnoles, le film montre les risques, la peur et l'espoir fou de ces candidats à l'émigration qui ont mille projets pour leur vie "d'après". S'ils s'en sortent.

"Cela fait longtemps que je travaille, entre Dakar et Paris, sur l'émigration", explique le cinéaste à l'AFP. "Je voulais que les spectateurs comprennent que les gens sur la pirogue sont comme eux, ils ont une famille, ils réfléchissent, ils rêvent, ils ont des émotions", ajoute-t-il.

Car il faut se battre contre le racisme partout, tout le temps. Se promenant sur la Croisette, le grand cinéaste, en boubou gris brodé et chapeau rouge traditionnel, a entendu fuser des "Mamadou" sur son passage. "J'écrirai quelque chose là-dessus, peut-être pour la radio", dit Moussa Touré, tentant de sourire pour digérer l'affront.

S'ouvrant sur une formidable scène de lutte, énergique et quasi-envoûtante, à laquelle assistent plusieurs protagonistes du film dans un quartier de Dakar, "La pirogue" présente chaque étape inéluctable du processus, avec la rigueur du documentaire. "Mon écriture est dans la réalisation", explique le cinéaste, qui dit avoir taillé dans un scénario initialement "trop bavard".

L'embauche d'un pêcheur expérimenté qui sera le capitaine, la préparation d'eau et de riz pour une semaine - la durée optimiste de la traversée - la rémunération du patron du bateau: la tension monte entre les candidats à l'exil de différentes ethnies, Wolofs, Toucouleurs, Peulhs, qui sont souvent animés de solides préjugés contre les uns et les autres.

Le terme désignant à Dakar les pirogues est synonyme de "se taper la tête à grande vitesse contre un mur", dit Moussa Touré. Tout le monde pèse les risques, connaît des gens qui sont ainsi morts en mer.

"Il y a un autre jeu de mots: "Barsak" signifie l'au-delà. Alors on plaisante en disant que les embarqués des pirogues se dirigent vers le +Barsak+ ou le Barça", le club de foot de Barcelone.