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Décrispation politique au Mali après des accords sur la transition

21/05/2012 07:47 EDT | Actualisé 21/07/2012 05:12 EDT

La situation politique s'est décrispée au Mali grâce à la signature d'accords sur la transition après le coup d'Etat du 22 mars, prévoyant l'octroi du statut d'ex-président au chef des putschistes, mais le pays demeure coupé en deux, le Nord étant sous contrôle de groupes armés.

Au sein de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui a multiplié sommets et pourparlers sur la crise malienne, l'heure est au soulagement, tout comme à Bamako, où beaucoup craignaient une tournure violente au-delà de mardi, fin des 40 jours d'intérim du président Dioncounda Traoré prévus par la Constitution de ce pays de 15 millions d'habitants.

Les médiateurs ouest-africains, avec à leur tête le chef de la diplomatie burkinabè Djibrill Bassolé, ont quitté Bamako lundi matin "avec le sentiment d'avoir accompli" la mission qui leur avait été confiée, a déclaré à l'AFP l'un d'eux, le ministre ivoirien de l'Intégration africaine, Adama Bictogo.

"On revient de loin (car) on était à deux doigts de l'impasse" et pour arriver à cette issue positive, "tout le monde a mis du sien", Cédéao, ex-junte militaire et autorités intérimaires, observe le journaliste malien et chroniqueur politique Tiégoum Boubèye Maïga.

"Sur le papier, l'affaire est pliée. Maintenant, il faut voir comment ça va fonctionner. J'ai de l'espoir. Ce qui est important aussi, c'est d'avoir donné le titre d'ancien chef d'Etat à (Amadou Haya) Sanogo", capitaine de l'armée qui avait renversé le président Amadou Toumani Touré (ATT), estime-t-il.

En vertu d'un accord conclu dimanche et signé par la Cédéao, l'ex-junte militaire et les autorités intérimaires, le capitaine Sanogo a obtenu le statut d'ex-président avec tous les avantages dus à ce rang: indemnités, garde, voiture, logement...

Selon l'accord la période de transition a été fixée à douze mois à compter de l'expiration du délai constitutionnel de 40 jours d'intérim.

Des milliers de personnes ont manifesté lundi à Bamako cet accord, à l'appel de la Coordination des organisations patriotiques du Mali (Copam) favorable au coup d'Etat du 22 mars, accusant notamment le capitaine Sanogo d'avoir "trahi".

Samedi, l'ex-junte militaire et la Cédéao avaient convenu que Dioncounda Traoré, ex-président de l'Assemblée nationale investi président par intérim le 12 avril, demeurerait à la tête du pays durant la transition, ce qu'avaient précédemment refusé les putschistes.

Mais depuis sa prise de fonction et la nomination de son Premier ministre Cheick Modibo Diarra, le Mali est resté en proie à la crise née du putsch qui a accéléré la chute du nord du pays aux mains de divers groupes armés dominés par des islamistes, dont le mouvement Ansar Dine (défenseur de l'islam) et Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Bien qu'ayant accepté de rendre le pouvoir au civils par un accord avec la Cédéao signé le 6 avril, l'ex-junte militaire ne s'était jamais véritablement retirée de la scène politique et, selon des sources concordantes, son quartier général à Kati (15 km de Bamako), continuait d'être le centre du pouvoir.

Le capitaine Sanogo s'opposait à la Cédéao sur le nom du président de transition, poste qu'il convoitait lui-même, selon les milieux politiques maliens. Il avait rejeté la durée d'un an de la transition décidée par la Cédéao en avril.

"Voilà un pays qui était à deux doigts de la catastrophe au Sud, et un sursaut a permis de le remettre sur les rails. Maintenant, on pourra s'occuper du nord du Mali. La junte n'a pas perdu la face, mais la démocratie aussi a triomphé", a assuré à l'AFP le politologue malien Mamadou Samaké.

Le blocage politique profitait aux groupes armés, dont la rébellion touareg, qui contrôlent depuis près de deux mois les trois régions administratives formant le Nord, vaste et aride: Kidal, Gao et Tombouctou.

Dioncounda Traoré sera donc président de transition à partir de mardi, avec de lourdes missions: organiser des élections générales, mais d'abord tenter de résoudre la crise dans le Nord où, selon l'ONU, près de 350.000 personnes ont fui depuis mi-janvier leurs domiciles pour se réfugier à l'intérieur du Mali ou dans des pays voisins, alors que plusieurs régions maliennes sont confrontées à une sévère crise alimentaire.

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