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A Maiduguri, la peur quotidienne des habitants face aux islamistes nigérians

21/05/2012 02:17 EDT | Actualisé 20/07/2012 05:12 EDT

L'école attaquée par des islamistes présumés, dans le nord-est du Nigeria, a en partie brûlé. Le sol est jonché de débris mais les enseignants et les élèves sont revenus y faire classe, dans une salle épargnée.

"Nous avons envisagé de fermer, mais des parents insistent pour qu'ils viennent apprendre", dit un professeur d'anglais de la Maiduguri Experimental School.

En uniforme jaune et vert, avec un voile pour les filles, des dizaines d'écoliers se fraient un chemin entre les murs calcinés de l'établissement, visé comme de nombreuses autres écoles de Maiduguri, capitale de l'Etat de Borno.

Le groupe islamiste Boko Haram a établi sa base dans cette ville où règne un climat de peur. Les extrémistes qui se radicalisent toujours plus ont multiplié attaques et attentats suicide dans le nord et le centre du Nigeria, et à Maiduguri, les violences sont récurrentes.

Des centaines de soldats y ont été déployés et surveillent, derrière des sacs de sable empilés, de nombreux points de contrôle routiers, tandis que les quartiers les plus touchés ont été désertés.

Les habitants qui sont restés tentent de vivre un semblant de quotidien. En dépit du danger, ils vont au marché, à la mosquée, à l'église, autant de lieux de rassemblements qui ont été visés.

"Nous ne nous sentons pas en sécurité", dit une mère de famille rencontrée un dimanche à la messe. Elle est assise avec ses trois enfants sous un arbre, à l'extérieur d'une église bondée, cible d'un assaut en décembre.

Le mur de l'enceinte a depuis été surmonté de barbelés. Des soldats veillent à l'entrée et les fidèles sont contrôlés avec un détecteur de métaux. Les femmes sont priées de laisser leur sac à l'extérieur.

Selon le pasteur Adamu Bello, des assaillants ont tiré et jeté des explosifs contre cette église la nuit du 24 décembre dernier. Elle était vide.

"A chaque fois que nous venons, nous avons le sentiment que tout peut arriver", raconte la mère de famille qui dit s'en remettre à Dieu.

Boko Haram avait à Maiduguri son QG et sa mosquée, démolis en juillet 2009 par l'armée lors de la répression brutale d'un soulèvement de la secte. Les ruines de la mosquée sont toujours là, vestige des combats qui avaient fait plus de 800 morts.

Le groupe avait ensuite fait profil bas pendant un an avant de réapparaître et de mener des attaques de plus en plus sophistiquées et meurtrières. Leurs violences ont fait plus de 1.000 morts depuis la mi-2009.

Si Maiduguri semble toujours être leur base, les extrémistes ont élargi leur théâtre d'opération notamment à la capitale Abuja et à la grande métropole septentrionale, Kano.

Des membres auraient été entraînés au Mali par la branche maghrébine d'Al-Qaïda (Aqmi) et Boko Haram est le dossier le plus brûlant sur la table du président Goodluck Jonathan, investi il y a près d'un an, le 29 mai 2011.

Les habitants de Maiduguri vivent au rythme d'un couvre-feu de 19H00 à 06H00, qui oblige notamment les commerces à fermer tôt.

"Nous nous préparons à partir", dit, résigné, un commerçant de 32 ans.

Contraint de fermer à 17H00 pour pouvoir rentrer chez lui à temps, il ne bénéficie plus de la visite des nombreux clients qui passaient à sa boutique en rentrant du travail. Il prévoit de s'installer dans le sud, dont sa famille est originaire.

L'armée assure que la violence a baissé ces derniers mois à Maiduguri, grâce à son déploiement en force. Les résidents confirment, même si explosions et tirs sont loin d'avoir cessé.

Des habitants ont aussi dénoncé des abus commis par les militaires, racontant des scènes où des soldats mettent le feu à des maisons et abattent des civils accusés de collaborer avec les islamistes. Des accusations que l'armée dit prendre au sérieux.

Muhammad Sa'ad Ngamdu, responsable dans l'Etat de Borno de l'organisation représentant les musulmans du Nigeria (Jama'atu Nasril Islam), affirme avoir reçu de tels témoignages.

"Depuis la fondation de Maiduguri (au début du XXe siècle), je pense que la ville n'avait jamais connu une telle catastrophe", dit-il en référence aux violences attribuées aux islamistes et aux soldats. "Tant de morts, tant de tueries".

Mohammed Shuwa, général retraité qui vit à Maiduguri, fait part de sa frustration face à l'escalade de la violence.

Comparant l'insurrection islamiste à la guerre civile du Biafra (1967-1970) dont il est un vétéran, il relève que la difficulté, cette fois-ci, c'est d'identifier l'ennemi. "Il viendra s'asseoir à votre table (...), nous ne savons pas qui il est".

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