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20/05/2012 12:37 EDT | Actualisé 20/07/2012 05:12 EDT

Un dignitaire sunnite anti-Assad tué par l'armée, tension au Liban

Un dignitaire religieux sunnite libanais sympathisant de la révolte syrienne et un cheikh qui l'accompagnait ont été tués par des tirs de l'armée dans le nord du Liban, selon les services de sécurité, provoquant un regain de tension dans cette région du pays.

Cheikh Ahmad Abdel Wahed, connu pour ses critiques à l'égard du régime syrien et son soutien à la révolte, et cheikh Mohammad al-Merheb ont été tués par des tirs de l'armée lorsque leur convoi ne s'est pas arrêté à un barrage dans la localité de Koueikhat, dans la région du Akkar (nord), d'après la source.

L'incident a provoqué une tension dans le nord du pays déjà secoué par une semaine de heurts intermittents dans la grande ville de Tripoli entre sunnites hostiles au régime syrien et alaouites partisans du pouvoir à Damas qui ont fait 10 morts.

En signe de protestation, l'autoroute liant Tripoli à la capitale Beyrouth a été coupée par des pneus brûlés ainsi que plusieurs routes dans le Nord. A Tripoli, les entrées nord et sud ainsi que la principale place ont été également coupées par les habitants.

Dans un communiqué, l'armée a confirmé la mort des deux hommes, "déploré (...) le regrettable incident qui s'est produit près d'un barrage (...) et ouvert immédiatement une enquête", mais sans expliciter les circonstances des faits.

Au moment des faits, le dignitaire se dirigeait vers la localité de Halba où il devait prononcer un discours à l'occasion d'une cérémonie organisée par l'opposition libanaise hostile au régime de Damas.

"Nous ne permettrons pas que nous soyons visés ainsi", a prévenu Khaled el-Daher, un député sunnite membre de l'opposition, accusant l'armée d'avoir "visé" le dignitaire. "A bas les agents de la Syrie et de l'Iran" au Liban, s'est-il écrié, en référence aux alliés de Damas et de Téhéran, notamment le Hezbollah chiite.

Le Premier ministre libanais, Najib Mikati, a ordonné l'ouverture d'une enquête et appelé au calme, à l'instar du président de la République, Michel Sleimane et les dignitaires religieux sunnites du Nord.

Le chef de l'Etat a souligné l'importance de "ne pas glisser vers la discorde", dans un pays a déjà connu une guerre civile destructrice (1975-1990) et des affrontements entre sunnites et chiites en 2008.

Lors des affrontements de Tripoli, M. Mikati a exprimé ses craintes concernant la possibilité d'un débordement au Liban de la crise en Syrie, à majorité sunnite mais dirigée par un clan alaouite.

La révolte en Syrie exacerbe les tensions au Liban, qui a connu 30 ans d'hégémonie syrienne et est divisé entre adversaires et partisans du régime du président Bachar al-Assad.

Le chef de l'opposition et ex-Premier ministre libanais, Saad Hariri, a accusé le régime de Damas de vouloir semer le chaos au Liban pour détourner l'attention de la crise en Syrie.

"Il est clair qu'il y a un plan qui chercher à provoquer des problèmes dans l'intérêt du régime syrien (...) et que ceux impliqués dans ce meurtre veulent (...) exporter la crise du régime" au Liban, a-t-il dénoncé dans un communiqué.

Dans les milieux sunnites, plusieurs voix se sont élevées récemment pour accuser l'armée libanaise de faire le jeu du régime syrien.

oi-ram/hj

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