L'OTAN lance son bouclier antimissile malgré l'hostilité russe

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Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen.
Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen.

CHICAGO, 20 mai 2012 (AFP) - L'Otan doit officialiser dimanche la première phase du bouclier antimissile destiné à protéger l'Europe de tirs provenant du Moyen-Orient, en particulier d'Iran, un projet poussé par les Américains mais auquel s'opposent vivement les Russes.

"Se défendre contre les missiles est indispensable. Nous faisons face à des menaces réelles", a affirmé le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, avant l'ouverture du sommet de l'Alliance qui se tient jusqu'à lundi à Chicago.

Les chefs d'Etat et de gouvernement des 28 pays membres devaient déclarer, solennellement, dans l'après-midi, que la phase initiale du développement ("capacité intérimaire") était achevée.

Il s'agit de la première des quatre étapes devant mener à la mise en oeuvre complète du système de défense à l'horizon 2018-20.

Etudié depuis des années et lancé en 2010, ce projet est présenté comme la "clef de voûte" de l'Alliance atlantique, dont la raison d'être est d'assurer la protection collective de ses 28 pays d'Europe et d'Amérique du Nord face à d'éventuelles menaces étrangères.

Pour l'Otan, la principale menace ne vient pas de Russie, comme durant la Guerre Froide, mais de pays du Moyen-Orient ou d'ailleurs ayant acquis des missiles capables de frapper l'Europe. Une trentaine de nations seraient dans ce cas mais l'une d'elles, l'Iran, a clairement été identifiée comme le danger potentiel, ayant mis au point des missiles balistiques d'une portée de 2.000/2.500 km, capables d'atteindre le sud-est de l'Europe.

Pour s'en prémunir, le bouclier sera composé d'un radar ultra-puissant installé dans l'Anatolie turque, de missiles SM-3 déployés sur des frégates Aegis postées en Méditerranée et d'intercepteurs implantés en Pologne et en Roumanie.

Cette structure sera contrôlée et commandée à partir de la base de Ramstein, en Allemagne.

Depuis le début, ce projet est piloté par les Etats-Unis, qui ont développé la technologie et financé l'essentiel de son architecture. Les alliés européens sont appelés à payer pour la mise en commun des équipements et des structures de contrôle.

Ce projet est devenu, au fil des ans, la principale pomme de discorde entre l'Otan et la Russie, menaçant le rapprochement esquissé après la chute du Mur.

Moscou le considère en effet comme une menace pour sa sécurité et exige d'être associé au système ou, à défaut, de recevoir des garanties que celui-ci ne vise pas sa capacité de dissuasion. Mais l'Alliance refuse catégoriquement, soucieuse de garder sa marge de manoeuvre stratégique.

Le ministre russe de la Défense, Anatoli Serdioukov, a averti début mai que les négociations entre les deux parties étaient "quasiment dans l'impasse", un fait illustré par l'absence de hauts responsables russes à Chicago.

La Russie a menacé d'activer des systèmes de défense antimissile et de déployer notamment des missiles Iskander à Kaliningrad, enclave russe aux portes de l'UE, si elle n'obtenait pas de concessions des alliés.

En Europe, certains experts restent réservés sur ce projet onéreux dont l'efficacité n'est pas assurée. "Il existe encore de très nombreuses inconnues techniques", souligne Nick Witney, de l'European Council on Foreign Relations, en pointant aussi les doutes sur les capacités d'Etats "voyous" à frapper le territoire européen.

Le nouveau président français, François Hollande, s'est déclaré durant la campagne électorale "réticent" sur le bouclier. "La première (raison), c'est que nous n'avons aucune possibilité de participer industriellement à cette affaire et deuxièmement ça met en cause l'idée même de la dissuasion", a-t-il argumenté en avril.